Du côté du blog
Vendredi 09 mars 2012
Réflexions sur l’enluminé numérique (avec un peu d’histoire et d’art dedans)
Après quelques échanges entre La Dame au Chapal et The SFReader sur twitter, et la lecture de ce billet-ci (merci The SFReader), j’ai eu envie de développer la thématique du livre augmenté numérique comme sorte de livre enluminé des temps modernes. Il va se glisser aussi quelques réflexions de Karl Dubost (La Grange) parce qu’en attendant mes séances chez le dentiste, j’ai ENFIN le temps de lire sans être dérangée par la marmaille L’Ange comme extension de soi chez Publie.net, et que bien des préoccupations se recoupent étrangement, pour moi, depuis deux jours…
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Les faits tout d’abord
Tout est parti de la réflexion de l’éditeur (ou de la maison d’édition) qui commercialise L’herbier des Fées pendant une conférence à Demain le livre (journées d’études sur le livre et son avenir à Paris, à laquelle je n’ai pas assisté)
Le volume de vente du livre était de 1000 exemplaires, le seuil de rentabilité était de 5000-8000. Seuil énorme, surtout dans le numérique français actuellement !
Certes c’est un travail magnifique et un très beau livre d’après ce que j’en ai entendu dire, mais, ça reste pour moi, une aberration commerciale : investir à perte dans un projet numérique n’est pas une bonne chose.
Je pense également à Ah ! d’Emma Reel qui, pareil, n’est pas encore arrivé au seuil de rentabilité.
The SFReader m’a fait remarquer qu’un livre numérique a l’avantage de pouvoir rester indéfiniment sur les rayonnages, sans coût supplémentaire. C’est vrai effectivement (je ne compte pas les coûts de stockage-serveur qui sont rentabilisés sur la « masse » et donc très faibles pour un seul livre), mais si le terme de rentabilité (c’est-à-dire le temps mis pour juste rentrer dans les fonds dépensés pour la création du livre) est de plusieurs années, c’est autant d’années pendant lesquelles, l’entreprise est « à découvert ».
En fait, ça peut fonctionner pour un livre ou deux, pour un éditeur traditionnel qui fait « sa marge » sur les livres papiers. Mais est-ce avec un livre ou deux qu’on construit un catalogue conséquent ? Est-ce avec un livre ou deux qu’on attire le lecteur ? Non. Il faut sans cesse renouveler les titres, attirer le lecteur et donc lui offrir plusieurs dizaines de livres. C’est donc autant d’investissements à perte, et ce pendant de nombreuses années, avant d’espérer un bénéfice (si celui-ci arrive jamais).
La question de l’Enluminé
Vient alors la question du livre enluminé : L’herbier des Fées est un livre magnifique, mais hors de prix. A l’image des livres enluminées du Moyen Âge, il a fallut du temps et des investissements conséquents pour le réaliser.
Le billet de Bruno Rives sur l’Enluminé Numérique pose la question de savoir si de tels livres sont voués à la disparition pour cause de coût. Je pense que la question est mal posée, parce que l’auteur du billet part du principe que les livres enluminés s’acquéraient comme les livres imprimés d’aujourd’hui. Ce qui est une hérésie (pour reprendre l’image de la bulle papale :P )
Au moyen âge et même dans les premiers temps de l’imprimerie, un livre était un objet précieux et unique : une oeuvre d’art. Conservés dans des bibliothèques par des moines, il sortait peu de cette sphère. Sauf à l’occasion d’une commande royale/ducale/princière… grassement payée avant réalisation du bouquin (ou alors après mais en conséquence du travail fourni). Bref, le livre enluminé n’entrait pas dans une économie de marché élargi : c’était réservé à une élite qui avait les moyens de se les payer, réalisé par des artistes qui se nourrissaient de peu, étaient logés et nourris en communauté. Le livre enluminé servait à faire vivre le monastère, en plus des dons et des offrandes. Bref, le livre enluminé du Moyen Age était une oeuvre d’art payée en conséquence.
Au début de l’imprimerie, les premiers livres imprimés étaient plus chers que les livres manuscrits. Ils étaient destinés au même marché : riche, cultivé et prêt à payer le prix pour avoir à montrer sa richesse plus que sa connaissance. L’imprimerie n’est devenu accessible qu’à la fin du 18ème siècle… et vraiment populaire qu’au 19ème (et les journaux à épisodes… le volume-livre lui n’était toujours pas abordable pour tous). Entre temps, pour avoir un livre, il fallait payer cher.
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L’Enluminé Numérique peut-il exister ?
La question que pose Bruno Rives est mauvaise : il voit déjà la disparition de l’enluminé numérique alors qu’il ne s’est pas posé la question de son existence. Le bébé est né, il est fragile, il ne passera pas l’hiver. C’est pessimiste et montre qu’on a peut-être pas envie de le voir vivre, ce livre… ou on trouverait les moyens de le sauver !
Je pense très sincèrement que le livre augmenté de manière originale et créative peut avoir un avenir, il peut devenir le livre enluminé du 21ème siècle. Mais personne ne réfléchit à la base de tout cela : le financement.
Au moyen age, on ne se lançait pas dans la copie et l’enluminure d’un ouvrage (qui durait plusieurs années et occupaient plusieurs moines à temps plein) sans être sûr d’être payé ! Une donation annuelle, une somme précise, le don de terres, de droits, de prérogatives… il existait beaucoup de moyens de financer les manuscrits.
De nos jours, pour l’édition, on ne pense plus qu’en économie de marché, en seuil de rentabilité. Normal, l’édition est devenue une entreprise comme une autre avec ses salariés, ses charges sociales, ses risques, ses investissements, ses pertes, ses bénéfices. Rien d’anormal alors à concevoir le livre numérique comme un produit à rentabiliser.
Le livre imprimé n’a pas sonné la mort du livre enluminé, c’est plutôt la société qui en est venue à bout : une nouvelle mentalité, la popularité grandissante de l’accès à la culture, à l’alphabétisation, etc. L’objet livre s’est désacralisé, dés-art-isé (il est sorti de la sphère de l’art) pour devenir accessible… ou plutôt pour rendre le texte accessible. Le livre popularisé, les mécènes n’avaient plus intérêt à investir dans des livres « uniques » et hors de prix (ils ne s’en sont pas totalement détournés cependant : on trouve des collections de prestige du type de la Pléiade, on a vu certains auteurs être payé par des mécènes pour écrire – là, j’ai un auteur américain dont le nom m’échappe…), S’il s’agit juste de mots, pas besoin d’enluminure, un bête ePub plein texte fait parfaitement l’affaire. Ce n’est plus un objet d’art fabriqué à un seul exemplaire, relié à la main, soigné artistiquement.
La réfléxion est très juste : dans un contexte commercial, dans un contexte entreprenarial comme celui de l’édition actuelle, un livre « enluminé » numérique n’est pas concurrentiel ! Il ne peut pas exister !
Et pourtant si on y réfléchi, le livre enluminé peut trouver sa place ! Où ? Et bien dans le monde de l’art numérique ! L’art numérique est assez peu connu du grand public, mais il existe. Comme n’importe quel marché de l’art, il possède ses artistes, ses vendeurs, ses côtes, ses prix.
On pourrait très bien imaginer le développement du livre numérique enluminé dans un cadre de mécénat, de commandes, de réalisations artistiques. L’enluminé numérique serait alors capable d’avoir une vie, d’innover, de créer… non pas en dehors d’une économie de marché (l’art a son économie comme n’importe quel marché, mais qui n’est pas tourné vers la rentabilité d’un « produit »), mais dans un environnement qui aurait les clients prêts à payer le prix juste pour celui-ci. Ce qui ne veut pas dire que l’oeuvre serait réservée à quelques uns, attention, les collectionneurs sont souvent fiers de posséder légitimement une oeuvre et de la montrer, il y a dans le mécénat et l’achat d’oeuvre d’art une dimension intellectuelle totalement différente de l’achat d’une machine à laver ;)
Il est évident que les éditeurs actuels traditionnels ne peuvent pas créer et diffuser des livres numériques augmentés à la manière des livres enluminés du moyen âge, parce qu’ils sont dans un marché qui est totalement différent du marché dans lequel ce genre de livres pourraient pleinement s’épanouir.
Pour conclure (ou plutôt vous faire cogiter et réfléchir un peu plus) voici le lien vers un texte découvert dans L’Ange comme extension de soi (à lire, vraiment, c’est à la fois poétique et intellectuellement très stimulant – le genre de livre où on a envie de tout surligner, tant il y a à retenir ou réfléchir !) et disponible ici:
http://www.la-grange.net/2010/01/10/litterature-transition
(en illustration, des pages issus du manuscrit hyyyyyper connu sous le nom de Livre de Kells – si vous connaissez pas, il a inspiré le film d’animation « Brendan et le secret de Kells » – quoi !!! tu connais pas ?!!!!)
Mots-clefs : art numérique, ebook, économie du livre, réflexions
Dans : Culture, Littérature

















En même temps, peu de monde est prêt à payer pour un support numérique.
Je ne touche aux livres numériques que pour le gratuit, je ne me vois vraiment pas payer pour ce format (comme je ne me vois pas payer un CD en mp3).
Si j’achète, ce sera l’objet, et on peut très bien acheter un bel objet – j’adore évidemment les beaux livres – pas du presque irréel.
Et hop je reviens pour quelques réflexions qui font suite à la lecture de cet article.
D’abord, il y a le prix, ou plutôt le cout de revient que je trouve amusant car, comme le livre numérique, il n’est que virtuel. Faire un « ebook enluminé » n’est quasiment pas plus difficile que de faire un « ebook texte ». Il n’y a là qu’un problème de pratique. La seule justification d’un prix prohibitif ne peut tenir qu’à l’enlumineur.
Or, je fais une supposition (ce n’est qu’une supposition) : pour que le cout de revient soit important il faut des prestataires au nombre desquels on trouve l’enlumineur qui, ayant estimé son travail à une certaine somme l’a facturé. L’éditeur, lui a accepté. Si cette supposition s’avère juste, on peut la comprendre mais elle fait de ce livre un « produit » et non une « oeuvre artistique ».
Il est triste d’imaginer que les artistes d’aujourd’hui puissent trop souvent mettre un prix sur leurs oeuvres comme les diffuseurs sur leur diffusion et les éditeurs sur leur édition. Tout cela n’est plus que commerce et la valeur s’en trouve diminué en conséquence. Je ne nourris pas le phantasme de l’artiste pauvre mais vouloir écrire, comme vouloir vivre de son art, c’est prendre un risque, le risque de la précarité et de l’incertitude.
Comme tous, je mets un prix sur mes livres papiers (Normal, il inclut la façon, l’expédition…) mais aussi sur mes ebooks (Normal, la loi française m’y force à mon corps défendant).
Une réflexion pour Nouar. C’est bien joli de n’accepter que le gratuit pour les fichiers numériques mais c’est, quand même, affaiblir la création (je dis bien affaiblir et non tuer). Je comprends sa position vis à vis de l’objet, et c’est pourquoi Ratatosk Diffusion propose de travailler avec des artisans capables de transformer le fichier en livre unique, mais Nouar oublie que beaucoup d’auteurs ont du mal à assumer une édition papier. La dépense n’a rien à voir là dedans, c’est l’espace et la diffusion qui posent problèmes. Pour « Citoyen » j’ai fait un tirage papier, (100kg, 500 exemplaires, 10 cartons à écouler sur les routes…) mais pour le suivant, un recueil de nouvelles que j’espère finir dans le mois, ce ne sera pas le cas. Je pourrais, cependant, faire imprimer à chacun le livre qu’il veut, pour 20,00€ (broché) mais aussi pour 200,00€ (couverture cuir) s’il le souhaite. Moi, je risque de déménager et je n’en peux plus de parler de ma bibliothèque en tonnes.
Nouar a quand même raison lorsqu’il parle de l’objet puisque, comme me l’a rappelé un ami photographe, dans un siècle, il ne restera rien du numérique. Le livre perdure, le fichier disparait à un rythme toujours plus accéléré. Pourtant, si vous souhaitez continuer à lire, il va falloir vous fendre un peu et dépenser un chouïa pour que nous puissions diffuser nos écrits et manger un peu. Celui qui ne cherche que le gratuit ne s’intéresse pas à la lecture, au texte, il veut un produit, un vague loisir. J’ai mis mon livre à 2,76€ (remise de 5% inclue) et j’aurais pu faire moins mais le problème est qu’il faut fixer un prix. D’une part, merci à nos édiles, une fois de plus, et, d’autre part, merci aux lecteurs car les uns ne jure que par le gratuit (@&#!§) et les autres snobent un livre car, s’il est trop peu cher, cela signifie qu’il n’est pas bon. Mais, non, cela veut seulement dire que l’auteur souhaite qu’il soit accessible. J’ai envisagé de mettre mon livre à moins de 1,00€ mais tous m’en ont dissuadé.
Je conclurai en disant que, oui le numérique possède ce qu’il faut pour refaire du livre enluminé une réalité si les artistes ont, eux, le courage de prendre des risques. A chaque nouveau livre je me pose la même question : combien suis-je disposer à perdre? La réponse est évidente : rien qui ne mettent ma famille en danger mais tout le temps nécessaire pour enfin espérer vous séduire.
Beaucoup de choses à répondre à cela (trop en fait, ça nécessiterait au moins une dizaine d’articles tant il y a à dire !)
A Nouar, je n’ai pas répondu car il s’agit là d’une confusion entre la gratuité et la légalité qui relève soit d’une méconnaissance, soit d’un aveuglement volontaire: on n’achète pas que le support matériel, on achète aussi le droit de jouir de l’oeuvre pour son usage personnel et les souvenirs, les émotions et tout ce qui peut être provoqué par l’oeuvre intellectuelle contenue dans le support. Sans être une accro du copyright, je pense que l’auteur d’une oeuvre (quelle qu’elle soit) a le droit d’être rémunéré décemment. Je ne peux pas encourager le tout gratuit pour le numérique car c’est dire que la valeur intellectuelle du produit est nulle et que seul compte le support marchant qu’on peut bêtement revendre…
Là se développe l’idée de possession : beaucoup de gens aiment posseder des oeuvres « physiques ». Ici, je parlais d’art et dans l’art, au-delà de l’oeuvre physique (le bout de toile, le morceau de bronze, etc.), ce qui fait l’intérêt, c’est l’oeuvre intellectuelle. Il y a une jouissance à posséder une part intellectuelle de l’oeuvre et encore, tout cela reste virtuel puisque l’artiste garde sur son oeuvre les droits les plus importants, un collectionneur n’achète jamais que le droit d’avoir acquis l’oeuvre… Encore une fois, il faut être collectionneur d’art (le vrai l’amateur au sens « aimer », pas le spéculateur) pour comprendre réellement le concept d’achat d’une oeuvre d’art numérique sans support physique. Mais le marché de l’art est différent du commerce de supermarché… D’où ma non-réponse puisque je considérais le commentaire un peu à côté du propos de l’article.
A Ratatosk, oulà, je ne sais pas où donner de la tête tant il ya des choses qui m’interpellent dans votre commentaire. Ca m’a fait bondir (et mis de mauvaise humeur je dois l’avouer) parce qu’il y a tellement là d’idées que je ne partage pas et que je ne cesse de démonter jour après jour que j’ai failli supprimer le commentaire (mais je ne l’ai jamais fais, même quand les sujets sont si polémiques).
Je ferais court et droit au but (ce commentaire est déjà trop long :P ):
- Une enluminé numérique n’est pas un bête ebook avec des images. Si on prends en compte la CSS3 (et ses fonctions avancées) et le javascript (format epub3), on peut créer des évènements, des mouvements, des choses beaucoup plus évoluées que quelques images ici et là. Reste que si la même personne s’en occupe, ça ne prend que du temps. Et le temps se rémunèrent : ou alors on est condamné à n’avoir que des oeuvres d’amateurs, dégradant ainsi l’art et la qualité du livre lui-même.
- Il faut arrêter de penser que l’art n’a pas de valeur marchande. C’est une vision idéalisée de l’art (construite pour le grand public par des biographes romantiques : tous le monde imagine Vangogh – qui était fou – ou Picasso et Matisse qui, eux, ont fini loin de la misère dans laquelle ils ont débutés) la différence entre un artiste amateur et un professionnel se place justement là : l’amateur ne peut pas donner de valeur financière à son oeuvre (ou alors au pif), le professionnel a l’argent à l’esprit (pas par intérêt mesquin, juste parce qu’il a passé tant d’heures dessus et que ces heures doivent être rémunérées – y compris les heures de réflexions pré-création) Tous les artistes ont toujours monnayé leur art ! Les prises de risques existaient, mais pas sans contrepartie (Voir l’histoire du Tombeau de Jules II par Michelange)
- Penser à la conservation de l’oeuvre avant de penser à l’oeuvre elle-même, c’est regarder en arrière. La conservation est l’affaire des conservateurs, l’art des artistes. Si l’artiste ne pense son oeuvre qu’en terme de conservation durable, il ne peut pas innover (car les techniques de conservation n’existent pas encore puis que la technique elle-même !) Ensuite, oui, il n’y aura peut-être plus rien dans 100 ans, et alors ? Vit-on dans le passé ou le futur ? Le peintre Apelle est renommé comme le plus grand peintre de l’antiquité… on n’a jamais retrouvé une seule de ses oeuvres ! Mais son nom et sa renommée et la description de ses oeuvres se sont transmises tout de même, il a eu une grande influence même parmi les gens qui n’avait jamais connu de visu ses peintures. Tout ne disparaîtra pas, on laisse toujours des traces. Et quand bien même cela disparaîtrait ? Dans cent ans je serai morte (enfin j’espère vu l’âge que j’aurais), qu’on m’ait oublié serait dans l’ordre des choses.
(j’arrête là, c’est déjà trop long ;) )
Je vais faire court. D’abord pour remercier de ne pas avoir supprimé le commentaire et, ensuite, parce que, visiblement, je n’ai pas atteints mon but qui n’était pas celui retenu par Paumadou. Dommage mais pas grave puisque c’est l’échange qui fait avancer. Le commentaire, le mien, était, sans doute, trop long et beaucoup trop court à la fois.
A pluche, je ferais gaffe la prochaine fois :-))
Ou je n’ai pas été comprise, ou je m’exprime très mal.
@Ratatosk :
Je ne parle pas bien sûr pas de « que du gratuit » pour les nouveautés !
Les nouveautés je les achète, mais sur papier. Je n’ai jamais piraté un livre (je ne sais même pas si ça existe beaucoup, et ça ne doit pas être les titres les plus intéressants…) ni téléchargé un livre qui ne soit pas un classique ou un cours/une conférence.
Ma liseuse ne me sers que pour les textes libres de droit (les classiques disons, et encore je les ai aussi en version papier, c’est simplement quand j’ai besoin de tout transporter en même temps, comme lorsque je travaille ailleurs que chez moi) – et mes cours, mais ça c’est autre chose.
Du coup, j’ai déjà répondu au « il va falloir dépenser pour que nous mangions » : je le fais, mais pour les livres papiers.
Le prix de ton livre est relativement bas (mon commentaire valait plutôt pour les livres numériques au même prix que les livres papiers). Dans ce cas je pense qu’internet (au même titre que pour la musique !) peut servir d’espace de découverte. Alors ta possibilité de faire imprimer ton livre rejoindrait parfaitement son prix bas. J’imagine que si je l’achetais et le trouvais formidable je voudrais l’avoir en version papier et alors je le commanderais. De même que je découvre grâce à internet des artistes musicaux inconnus et en vient ensuite à leurs albums. Je ne peux pas concevoir le virtuel autrement que comme un double pratique : les mp3 dans mon baladeur et les ebooks dans ma liseuse, quand je suis en déplacement.
@Paumadou : Tout d’abord (et je me répète par rapport à ma réponse précédente) je n’ai absolument pas parlé de ne pas rémunérer les auteurs. Mais j’ai plutôt tenter d’expliquer pourquoi, pour moi, il est difficile de payer une version numérique (ce qui ne veut pas dire que je la télécharge illégalement pour autant, j’insiste).
Évidemment dans une œuvre ce n’est pas d’abord l’objet qui compte mais l’œuvre pour elle-même, etc. Évidemment.
Mais je rappelle qu’ici on parle de BEAU livre, d’enluminé. Donc bien, aussi, de l’objet. Et si j’achète cet objet, parce que c’est un bel objet, je le voudrais en version papier.
Alors oui, je télécharge les classiques tombés dans le domaine public, parce que ce sont de beaux textes. Mais je les ai aussi en beaux livres (ou pas beaux, mais vieux, j’aime aussi quand ils sont passés dans d’autres mains et que les lecteurs précédents y ont laissé leurs traces). La relation de lecture passe aussi par l’objet. Il est peut-être inutile de citer le Corneille de Sartre, quelque chose comme « gros rougeaud, rugueux, au dos de cuir, qui sent la colle », mais c’est un peu ça. Et puisqu’on parlait de peinture : la relation devant l’œuvre elle-même est incomparable avec celle devant une reproduction. Il y a un peu de ça dans les beaux livres, même si le texte reste le même.
Et puis même en amoureuse du dessin, les œuvres numériques sont bien vendus sous forme de tirages non ? Pourquoi devrait-on trouver normal que le livre reste virtuel ?
Mon problème est plutôt sur le fait de vouloir créer de beaux livres virtuels. L’article posait un peu la question du pourquoi les gens seraient prêts ou non à payer pour ça, c’est ce à quoi j’ai essayé de répondre. Nul doute que les gens sont prêts à payer pour un beau livre papier. S’il est numérique il a selon moi une valeur en moins, celle du bel objet (ce qui ne veut pas dire que je voudrais pouvoir le télécharger gratuitement, encore une fois).
@Nouar : en effet, le discours ressemblait beaucoup à un discours « sur internet c’est gratuit » sans penser plus loin (vu que j’ai croisé pas mal de personnes ayant ce discours auparavant j’ai été encline à croire que c’était encore le cas)
Je pense que j’ai dû mal m’exprimer quelque part également puisque quand je parle d’enluminé numérique, je ne parle pas de « livre illustré homothétique » (c’est à dire qui peut être imprimé). Le numérique est tellement plus qu’un simple texte et quelques images ! Le code HTML/CSS/Javascript qui construise le livre numérique permet énormément de choses qui ne pourront jamais être bêtement imprimé (même avec un livre augmenté d’un DVD). On peut par exemple provoquer une évènement (apparition d’un texte, d’une fenêtre après un certain temps : la page s’ouvre, 20 secondes plus tard, le texte est remplacé ou un musique se lance…), casser la linéarité d’un récit (un peu comme un blog où il est plus aisé de papillonner que de lire dans l’ordre chronologique, en cliquant ici ou là sur un lien), les possibilités de narrations sont alors infinies si on cesse de se limiter au simple texte+images (imaginez un texte qui s’affiche et s’efface au fur et à mesure, qui demande une implication importante du lecteur dans l’histoire) Jusqu’ici on était limité au support papier et aux histoires immuables. Avec le numérique, cela peut évoluer (je dirais presque « Enfin ! » tant les gens se plaignent de ne pas voir la littérature se renouveler…)
La plupart des livres que je lis (je parle des textes contemporains, pas des classiques libres de droits) ne sont disponibles qu’au format numérique. Si pour l’instant, ils restent très semblables au « papier », je peux observer de plus en plus d’amusement chez les auteurs-codeurs pour trouver d’autres formes de narrations, de mises en pages, bref d’originalité qui pourraient rendre le livre numérique réellement indépendant du livre papier. Ces codeurs prennent du temps (beaucoup) pour réussir des choses et sont fortement limités par les contraintes commerciales qui imposent qu’un livre au format epub soit compatible sur toutes les liseuses du marché… Si on imagine le livre « oeuvre d’art numérique », plus besoin de brider les versions parce qu’aucun constructeur n’est au point sur les standards officiels (c’est affolant mais c’est vrai… Un peu comme si votre navigateur ne lisait pas cette page web telle qu’elle est mais formate complètement la mise en page à sa sauce…) : le livre-oeuvre d’art serait conçu pour tel support (unique), dans tel format, puisqu’il ne serait destiné qu’à quelques personnes ça n’aurait plus d’importance. Mais il ne s’agirait alors pas d’un équivalent « livre d’art » (qui entrerait dans un marché éditorial avec risque, mise de fond et rentabilité) mais bien d’une oeuvre d’art numérique (où le travail serait payé au prix que l’auteur en demande).
Vu que je me suis aussi mal exprimé, il y a des jours avec et des jours sans… Nous devrions presque tout effacer et recommencer.
Bonne soirée à vous, je vais me coucher et m’abstenir de réagir sur quoi que ce soit pendant quelques jours.
Maaaaaaaaaaaais non ! C’est bien de ne pas comprendre, ou de mal s’exprimer, ça permet de discuter et clarifier les points de vue et les idées ;)
Je suis d’accord mais, pour l’heure, autre chose accapare mon esprit. Je ne dirai pas quoi mais me contenterai de citer Aragon : « Ce qu’il faut de malheur pour la moindre chanson… ».
A bientôt :-)
« D’abord, il y a le prix, ou plutôt le cout de revient que je trouve amusant car, comme le livre numérique, il n’est que virtuel. Faire un « ebook enluminé » n’est quasiment pas plus difficile que de faire un « ebook texte ». Il n’y a là qu’un problème de pratique. La seule justification d’un prix prohibitif ne peut tenir qu’à l’enlumineur.
Or, je fais une supposition (ce n’est qu’une supposition) : pour que le cout de revient soit important il faut des prestataires au nombre desquels on trouve l’enlumineur qui, ayant estimé son travail à une certaine somme l’a facturé. L’éditeur, lui a accepté. Si cette supposition s’avère juste, on peut la comprendre mais elle fait de ce livre un « produit » et non une « oeuvre artistique ». »
Heu… Je ne sais même plus quoi dire tant la « vision romantique » de l’industrie du livre me dépasse, et c’est une exception bien franco-française. Ça sonne peut-être bien mais à partir du moment où quelque chose est vendu, c’est un produit. Déjà, à la base, produit = résultat créatif d’une activité. Bon, passons, y’a d’autres marchés beaucoup moins romantiques mais c’est pas cool d’en parler en France.
Je vais m’étendre là-dessus :
« Faire un « ebook enluminé » n’est quasiment pas plus difficile que de faire un « ebook texte ». »
J’ai quand même beaucoup de mal à entendre ça… et ça démontre quand même une certaine naïveté par rapport à ce marché de fabrication (je le sais, je suis en plein dedans ; Paumadou le sait mais je préfère préciser).
D’une, tous les ebooks texte ne coûtent pas la même chose à fabriquer.
- il y a des solutions souvent gratuites qui donnent des résultats quasiment toujours médiocres (convertisseurs, export depuis traitement de texte, etc.)
- il y a des solutions médianes où il y a production du fichier avec des moyens humains derrière et où on automatise au minima.
- il y a enfin les solutions onéreuses où, faute de fichier numérique, le prestataire est obligé de scanner un « master » depuis le livre papier, le passer à l’OCR, le corriger, etc.
De deux, le coût de production d’un ebook ne vaut pas les 1 et 0 qui composent le fichier numérique. Il vaut le temps passé par des personnes pour le fabriquer. Si mise en page spécifique, effets typographiques et autres joyeusetés, alors il est normal qu’on passe plus de temps dessus et que le coût de revient soit plus élevé.
Pour rappel, le prix/coût de revient = coût de production + coûts de distribution + charges.
Et je ne parle même pas des projets complexes avec mise en page fixe (fixed-layout) + Javascript.
Et je rajoute même un gros problème qui pèse énormément dans la balance (et peut-être que les coûts moyens pourraient être largement baissés grâce à ça) : toute la phase de beta-test du fichier parce qu’il faut vérifier son bon fonctionnement et qu’on est loin d’avoir tous les outils que les développeurs de navigateurs web mettent à disposition des web-designers. Pour le livre numérique, ces outils-là n’existent pas, nous sommes obligés de faire des allers-retours d’une liseuse à l’autre, ce qui est une perte de temps considérable. Voir http://www.baldurbjarnason.com/notes/treat-ebook-developers-as-developers/
Personnellement, ça se traduit par des guidelines à usage personnel, guidelines qui couvrent à peine les bases très simples d’EPUB2 pour savoir comment tel ou tel code réagira sur telle ou telle machine. On va passer à EPUB3, c’est déjà un gros bordel avec EPUB2… et tout indique que ce n’est pas prêt de changer, auquel cas certains feront un fichier par liseuse / vendeur de référence… et hop, encore des coûts en plus.
Pour le moment, les seuls qui jouent à peu près le jeu et fournissent quelque chose aux développeurs sont Amazon (documentation + émulateur Kindle) et Apple (documentation). Dans les deux cas, on ne peut pas dire que les documentations soient exhaustives. Autrement dit, le développeur qui code saura que le fichier fonctionnera chez Amazon et/ou chez Apple, et devra aller ensuite tester chez les autres, corriger, re-tester, re-corriger, re-re-tester, etc. C’est un cauchemar en matière de développement, réellement. Pour mes guidelines personnelles, ça vaut dire 2 semaines de tests + une vingtaine de liseuses / applications. Donc, à chaque ligne de code un peu compliquée -> 20 tests. Impossible d’en voir le bout. Il n’y a pas longtemps, un prestataire a d’ailleurs présenté un tableau géant répertoriant code, moteurs de rendus et support ou non-support. C’est un coût énorme vu le temps passé là-dessus, coût qui se répercute sur la facture… donc si un gros éditeur passe par là, qu’il fasse du lobbying pour que les revendeurs fassent ce boulot-là, il a beaucoup d’argent à y gagner.
Du coup, même si je comprends la partie sur l’enlumineur qui justifie le coût prohibitif, c’est un raccourci assez simpliste, je trouve.
Bien sûr, produire du contenu coûte de l’argent, mais écrire du code aussi. Il est normal qu’on valorise cette compétence.
Exemple : je peux sortir un livre enluminé en 2 minutes avec l’export ePUB de Pages sur Mac (je l’ai fait pour un tutoriel). Je peux passer 3 jours (temps-plein) à mettre en page un livre numérique textuel, auquel cas je facturerais une partie « book design ». Dans le premier cas, c’est un guide donc purement un produit comme vous l’entendez. Dans le deuxième (et ça tombe bien puisque ce travail a été publié), on parlait d’une œuvre littéraire.
Donc,
« Faire un « ebook enluminé » n’est quasiment pas plus difficile que de faire un « ebook texte ». Il n’y a là qu’un problème de pratique. »
n’est pas « juste » puisqu’il est déjà plus difficile de réaliser certains ebooks texte que d’autres. Évidemment, faut baigner dans le code des livres numériques pour s’en rendre compte, et c’est ce qu’on a toujours du mal à expliquer parce que les gens qui ne s’y intéressent pas ne comprennent pas la problématique et le pourquoi le surcoût. Mais c’est une réalité.