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Jeudi 26 avril 2012

Flashback, chronologie et linéarité

Quelques personnes ont reprochés à Fugues un problème de flashbacks inopinés.

Kitty:
La construction, non linéaire, maintient un suspens bien conduit, avec des flash-backs, parfois un peu déstabilisants car non annoncés (il suffit de quelques lignes pour se recaler dans l’histoire) qui reconstituent peu à peu le déroulement des événements (avis complet à lire ici)

Pauline Crassard :
Ce récit ne commence ni par le début, ni par la fin, mais plutôt pas le milieu ! Au lecteur de remettre les faits dans l’ordre ! Je me suis d’ailleurs un peu emmêlé de temps en temps et des indicateurs de temps ne seraient peut-être pas une mauvaise chose, surtout lors du premier retour en arrière où l’on est un peu surpris ! (avis complet à lire ici)

Fnacbookeur :
En effet,ce roman est bien haletant mais je déplore aussi la confusion à cause du manque de marqueurs temporels. (avis complet à lire dans les commentaires de chez Pauline Crassard)

La question que je me suis d’abord posée était:

« Dans un récit, un flashback n’est jamais précédé d’une mention Attention, on repart 6mois en arrière, donc comment peut-on reprocher au livre un problème de flashback inoppinés ? Et d’un point de vue stylistique faire dire au narrateur C’était il y a six mois, je me rappelle… c’est d’une lourdeur sans nom, surtout quand le récit est composé pour un tiers au moins de flashbacks. »

Puis dans un second temps (j’ai écrit Fugues y’a un an et demi, l’ai publié y’a six mois, je me souviens pas de tout :P ), j’ai vérifié que je n’avais fichu mes flashbacks n’importe comment : non, ils sont délimités par des chapitres et dans la seconde partie, où ils se précipitent, ils sont très bien coupés du récit par des ***. Je n’ai pas fait l’erreur du débutant de tout mélanger.

Je me suis donc intéressée à ce qui pourrait provoquer ce malaise chez le lecteur. Et là, je pense avoir trouvé un truc : mes flashbacks ne sont pas linéaires. En gros, il y a une histoire du « présent » et une seconde histoire qui se déroule dans le passé. Les flahsbacks ramènent l’histoire passée mais dans le désordre. Pourquoi ? Parce que si je le fais dans l’ordre, le suspense tombe rapidement d’abord (ben oui, parce que l’histoire c’est juste ça… donc si je le dis dès le départ, on sait et on ne lit plus de la même façon) et qu’ensuite, j’aime bien que le lecteur soit un peu dérouté (ben oui, si vous voulez du balisage, lisez Petits Meurtres ou Pluie de Corps !)

Mais je me demande justement si cette non-linéarité du flashback n’est pas un problème pour le lecteur : non pas qu’il ne sache pas lire l’histoire, mais qu’il n’ait pas l’habitude de devoir remettre les choses dans l’ordre. Il suffit souvent de voir les histoires (écrite ou même les films de ciné !) qui utilisent très souvent le flashback le font de manière chronologique : 2 chronologies qui se déroulent en parallèle : une dans le présent, une dans le passé, avec un balisage évident « Il y a dix ans » qui n’est pas souvent utile (vu que le héros se retrouve au lycée avec une tête d’ado alors qu’il est sur le point de se marier la scène juste avant) Or, le passé dont on se souvient ne revient jamais en mémoire dans un ordre chronologique avec un c’était il y a sept ans, trois mois et quatorze jours (heureusement, ça serait d’un chiant ! Refaire toute sa vie pour se souvenir de ce qui c’est passé y’a deux ans ! Wow ! :rotfl: )

Amusant aussi car le récit déconstruit chronologiquement, je l’ai poussé un peu plus loin avec La RATP (que je suis en train de réécrire) avec un côté pire puisque l’un des narrateurs se souvient du passé comme n’importe qui chercherait à reconstruire des faits et donc rien de chronologique, rien de certain et surtout quasiment aucun marqueurs temporels (et on passe dans la même phrase du présent au passé au présent :P ).  Dans la première version, il racontait bêtement les faits au passé, autant dire que je cogite beaucoup sur la transcription des souvenirs dans le récit et la manière de provoquer une réaction du lecteur.
Autant dire que je vais encore entendre parler de problèmes de flashbacks (mais là, totalement assumé du coup puisque c’est ce que je vise !) qui provoqueront des malaises chez certains lecteurs qui apprécient les histoires balisées. Pour Fugues, c’était moins voulu, mais pas complètement involontaire non plus (il y a aussi beaucoup de pif quand on écrit ;P )

Pour Fugues, j’aurais peut-être dû écrire l’histoire du présent au présent (j’ai du mal avec la conjugaison du présent, je finis toujours par retourner au passé :/) et les flashbacks au passé, mais cela n’aurait en aucun cas changé le désordre chronologique de l’histoire telle qu’elle est rendue…

Bon, et pour la fin, je pense que la plupart des histoires n’ont pas non plus à être des trucs extraordinaires ! Les plus belles histoires sont souvent les plus banales (et oui, il y a aussi un jeu pour l’auteur que je suis de laisser penser à une autre histoire… j’avoue que je jubile toujours quand on me dit que la fin a déçu car on s’attendait à autre chose. D’un certain côté, ça veut dire que mon but de jouer sur votre imaginaire a marché, vous avez cru les apparences et les suggestions (mais est-il question d’autre chose  dans ce roman ?) mais oui, désolée, c’est la fin et elle est comme ça ! :P )

Si ça vous dit, le roman Fugues, c’est par ici -> Fugues disponible en epub-mobi-pdf et papier à partir de 2,99€

(bon et lu comme ça, ça fait genre c’est un texte super intello et je me prends pour un génie de la littérature, mais non,  pas du tout ! Ce sont juste des questions que je me pose au moment de l’écriture et sur l’interprétation des lecteurs. C’est passionnant je trouve d’essayer de provoquer des réactions chez les lecteurs et tenter de comprendre pourquoi ils aiment ou non un récit)

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Dans : Ecrire, Mes travaux

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3 Commentaires

  1. Alex dit :

    Plusieurs éléments entrent en ligne de compte, dans l’écriture. Pour certains, écrire l’histoire qu’il auraient simplement aimé lire suffit. Mais pour que les répercussions sur le lecteur soient un succès total, il faut déjà se parer d’un certain talent, voire s’équiper d’un chouïa de génie. Il me semble que la seconde condition est donc – en l’occurrence – de se glisser dans la peau du lecteur lambda afin de mettre l’histoire à sa portée, tout en lui réservant les meilleures surprises possibles. Gymnastique éprouvante et guère évidente s’il en est, mais Ô combien enrichissante.
    Dans le cas de ‘Fugues’, la comparaison avec le cinéma tombe à point, puisqu’en matière de scénario bâti sur le point de vue et le découpage des informations, je n’ai pas ressenti ce « chaos » mis en avant par d’autres. Pour être exact, je l’ai perçu, mais il m’a semblé si bien travaillé et tellement à propos dans cet univers tragique et malsain, qu’il contribue à la fois à la qualité du suspense et au rythme de l’histoire ; un rythme qui s’emballe, à la manière d’une spirale qui arriverait au bout de son propre tourbillonnement.

    Oui, j’ai aimé ‘Fugues’, au cas où vous ne l’auriez pas remarqué. Bravo Pauline !

  2. DF dit :

    J’ai lu « Fugues » avec plaisir – et je pense que le jeu de puzzle est un élément intéressant, même si j’ai parfois été surpris. Mais cela n’empêche pas la bonne compréhension du récit.

    Il faut dire qu’en tant que gros lecteur, j’ai un peu l’habitude… Je me souviens de la structure encore plus éclatée de « Vol au-dessus d’un lit de cocu » de San-Antonio, qui joue aussi avec la géographie… et passe d’un personnage à l’autre. C’est toujours bien délimité par chapitres, mais passer d’une ambiance à l’autre (d’un bureau parisien à une synagogue en Israël ou à une maison d’édition miteuse, par exemple, si je me souviens bien) a toujours quelque chose de surprenant.

    Par ailleurs, le jeu passé/présent/futur est, si je me souviens bien aussi, le principal indicateur de temporalité de « La Modification » de Michel Butor. Une balise qui fonctionne!

  3. Gaal dit :

    Je viens de terminer « Fugues » et j’y ai pris énormément de plaisir. Les « retours en arrière » ne m’ont pas surpris et je les attendais même car dès le début on se demande bien qui est ce type, que vient-il faire dans cette galère ? Ces retours en arrière distillent petit à petit les informations nécessaires au récit, effectivement comme un puzzle.
    Encore bravo, et continue…
    NB : j’avais aussi aimé « petits meurtres… »

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