Suite à un échange sur Twit­ter avec Luc Pré­vost (aka  @autopublication - pas de site ou de blog mais ça vien­dra peut-être edit : il a un site : lucprevost.com) et qui por­tait sur cet article du Nou­vel Obs

 

Voici l’échange :

Je me suis dit que la plu­part des dis­cours qui allaient contre le numé­rique et annon­çaient la catas­trophe (ou que ça ne décolle pas, ou que c’est le papier qui est mieux, ou que le numé­rique tuait les libraires…) étaient lan­cés par des “jour­na­listes” ou au moins des auteurs qui sont :

  1. Publiés dans des grandes mai­sons d’éditions (Gal­li­mard en tête)
  2. Col­la­bo­ra­teurs dans des grands jour­naux où d’autres col­la­bo­ra­teurs sont publiés dans des grandes mai­sons d’éditions (copi­nage ? Naaan)
  3. Jour­na­listes” de ces quotidiens/hebdos/mensuels (car ils par­ti­cipent sou­vent et régu­liè­re­ment à plu­sieurs paru­tions) sont plus recon­nus comme “jour­na­listes” que comme “auteurs” (à part Beig­be­der qui hurle à la mort, mais c’est une exception)

On les accu­sera de copi­nage inévi­ta­ble­ment (moi la pre­mière) parce qu’évidemment, ils reprennent les dis­cours d’Antoine Gal­li­mard (qui est pré­sident direc­teur géné­ral de toute la lit­té­ra­ture fran­çaise qui se res­pecte actuel­le­ment — comme les vieilles bourges un peu coin­cées) qui est très en retard sur la ques­tion numé­rique et uti­lise la len­teur et la pesan­teur du sys­tème de l’édition fran­çaise actuel pour ralen­tir la muta­tion qui est en train de se faire.

Pour­quoi font-ils cela ? Je pour­rais être sympa et dire que ces auteurs ont une vision tron­quée, qu’ils ne com­prennent pas inter­net et les nou­velles tech­no­lo­gies (la plu­part ont passé la soixan­taine… à part Beig­be­der), ils ne com­prennent pas qu’on puisse bous­cu­ler la culture frâââân­çé­zeux (avé l’accent de la Comé­die Fran­çaise). Ca serait jouer leur jeu idéo­lo­gique qui consiste à dire que la lit­té­ra­ture est au des­sus de toute notion de com­merce et que l’auteur ne publie que pour la gloire. Ben voyons.

Non, ils disent sou­vent cela parce qu’ils sont lucides : M.Gallimard (ou consort) a droit de vie ou de  mort sur mes écrits. Si je dis un mot de tra­vers, il ne me publiera plus. C’est un carac­té­riel, comme son grand-père. Par contre, si je l’encense, là, je peux peut-être lui refour­guer mon roman pas super bien ficelé pour la ren­trée pro­chaine et obte­nir un petit à-valoir.

Si ces auteurs sont arri­vés à ce degré de connexion (col­la­bo­ra­teurs de jour­naux natio­naux, des dizaines de publi­ca­tions dans des mai­sons d’éditions connues, cri­tiques de livres obte­nues plus faci­le­ment que pour des oeuvres d’auteurs quel­conques), c’est qu’ils ont com­pris les engre­nages du sys­tème : le copi­nage, le lèchage de botte, le béni-oui oui et le besoin que le sys­tème conti­nue. Hé oui, parce que si, un jour, le sys­tème s’effondre et qu’on com­mence à recon­naître plus de talents à des auteurs incon­nus, ils per­dront leur cré­di­bi­lité et donc leur reve­nus (ne par­lons pas de leur petite gloire, pour être à ce niveau de conni­vences, il faut avoir un appé­tit d’ego par­ti­cu­liè­re­ment déve­loppé, c’est pour­quoi vous ne m’y ver­rait jamais… en plus, je suis une femme, on ne me deman­de­rait pas for­cé­ment de lécher des bottes)

Voilà donc ce que j’aimerai que vous médi­tiez quand vous lirez un article de jour­nal (je ne parle pas des blogs per­son­nels qui sont sou­vent du bavar­dage autour des grands thèmes lan­cés par les médias, mais des jour­naux comme Le Monde, Nou­vel Obs, Marianne, Figaro, Libé­ra­tion, etc. n’importe quel jour­nal dit Natio­nal) regar­dez le nom de l’auteur de l’article et réflé­chis­sez à ça :

  1. Ce “jour­na­liste” est-il vrai­ment un jour­na­liste ou un auteur qui écrit des chroniques ?
  2. Est-il édité par une grande mai­son d’éditions et quel est la posi­tion “numé­rique” de celle-ci ?
  3. Son dis­cours va-t-il dans le sens de sa mai­son d’édition ou à l’opposé ? Et dans quelle mesure ?

Rien que ces ques­tions essen­tielles pour­raient vous faire voir cer­taines dia­tribes (ou éloges) sous un nou­veau jour. Ces­sez de croire uni­que­ment ce qu’on vous dit et réflé­chis­sez au delà du texte !

En résumé, je mets la conclu­sion de Luc à notre discussion :

 

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9 avis sur “Réflexion du dimanche (prenez-en une graine et plantez-la dans votre tête)

  • 18 décembre 2011 à 17 h 25 min
    Permalink

    Hé Pau­line,

    Les 3 ques­tions que tu as iden­ti­fiées sont non seule­ment per­ti­nentes, mais impé­rieuses dans le contexte de la libé­ra­tion de la lec­ture et du livre.

    Ton billet me fait pen­ser à une lec­ture récente : Petit cours d’autodéfense intel­lec­tuelle par Nor­mand Baillar­geon http://www.luxediteur.com/autodefenseintellectuelle .

    Les fins de régime sont tou­jours mouvementées.;-)

    Luc

    PS:
    J’ai un site depuis peu : lucprevost.com
    C’est là que je bidouille des cartes heu­ris­tiques sur l’autopublication.

    Répondre
    • 18 décembre 2011 à 17 h 51 min
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      Quoi ! (oui, en plus je l’ai vu plu­sieurs fois ! mea culpa)

      Répondre
  • 18 décembre 2011 à 18 h 07 min
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    A ta défense, je viens tout juste d’inscrire le site dans mon pro­fil Twit­ter ;-)

    Répondre
  • 19 décembre 2011 à 13 h 32 min
    Permalink

    Cette petite graine que tu nous tend, il faut aussi l’appliquer sur tout le jour­na­lisme en géné­ral. L’information quelle qu’elle soit n’est jamais pure et inno­cente, n’est jamais réel­le­ment objec­tive, sou­vent pour des his­toires d’égo, de copi­nage, de poli­tique, etc. d’ailleurs.

    Ensuite, je n’irai pas non plus dans le sens contraire : l’auto-édition comme le numé­rique auront tou­jours ten­dance à tom­ber dans les mêmes tra­vers (Après tout, le fac­teur qui entraine ces tra­vers est l’Humain, et il est par­tout ce petit salaud !), donc de là à dire que tous les auteurs édi­tés sont des lécheurs de cul et que tous les livres édi­tés ne le sont que par copi­nage, il y a un peu que je me refuse de franchir !

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  • 19 décembre 2011 à 14 h 03 min
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    “de là à dire que tous les auteurs édi­tés sont des lécheurs de cul et que tous les livres édi­tés ne le sont que par copi­nage, il y a un pas que je me refuse de fran­chir !“
    Et là, je me pose la ques­tion de savoir si c’est ce que laisse pen­ser mon article ? Je ne le pense pas, je dois juste recon­naître que les auteurs qui parlent le plus (jour­naux, émis­sions, maga­zines…) sont quand même très sou­vent dans la sphère “copi­nage”. C’est le moyen d’être vu/entendu.
    Bien sûr que niveau auto-édition et numé­riques, les tra­vers sont les mêmes. On parle plus faci­le­ment de ce qu’on connait, on se sent aussi plus proche de cer­taines idées et per­sonnes que d’autres. C’est d’ailleurs sou­vent pour ça les gens nor­maux sont per­dus entre les pro et les contre.
    C’est même valable sur n’importe quel texte ! Un roman par exemple implique une vision “défor­mée” de la situa­tion, des idées, des pen­sées… ça peut deve­nir une arme (pas mal de bou­quins d’ailleurs le sont deve­nus)
    Il suf­fit sou­vent d’être beau par­leur pour embo­bi­ner autrui et retour­ner ses idées.
    Bref, il faut tou­jours se poser des ques­tions sur les inten­tions de l’auteur d’un texte. Sou­vent en regar­dant le contexte, celles-ci sautent aux yeux quand les argu­ments et idées nous avaient paru justes et non-orientées.

    Répondre
  • 19 décembre 2011 à 17 h 04 min
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    Concer­nant le “c’est ce que laisse pen­ser mon article ?”, je dirai que c’est sur­tout quand tu dis “vous ne m’y ver­rez pas, car je n’ai pas envie de lécher des bottes (ou autres)”, ce qui laisse entendre que tu serais for­cée de lécher des bottes si tu étais édi­tée, ce qui n’est pas for­cé­ment le cas.

    Où que tu sois, il y auras des lécheurs de bottes qui réus­si­ront sans doute mieux que les autres, mais cela n’oblige pas for­cé­ment tout le monde à lécher des bottes, à cha­cun de faire ses choix…

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  • 19 décembre 2011 à 19 h 25 min
    Permalink

    Je ne par­lais pas d’être édité, mais d’être copain-copain avec toutes les rédac­tions de jour­naux et édi­teurs au dis­cours vieillot (au point pour cer­tains d’être défen­dus quand ils sont pris en état de pla­giat chro­nique, car le faire tom­ber c’est ris­quer gros — en l’occurrence qu’on découvre d’autres choses sur soi-même… — il y a eu plu­sieurs exemples récem­ment ;) )
    Je pense que ce sys­tème de “lèche” est des­tiné aux auteurs en manque de recon­nais­sances chro­niques : la preuve est que la plu­part des “grands” (les plus connus) font rare­ment des chro­niques dans les jour­naux et ils disent ce qu’ils veulent vis à vis du numé­rique (ils s’en fichent, les édi­teurs se bat­tront pour les avoir)
    Les “petits” qui ne pra­tiquent pas cette lèche ins­ti­tu­tion­nelle ne sont jamais publiés dans ces jour­naux. Il y a un pro­fil défini pour les auteurs de chro­niques anti-numériques dans les grands jour­naux : petit auteur d’une dizaine de bou­quins mais peu connu du grand public pour ceux-ci.

    Je me consi­dère moi-même comme “indé­pen­dante” c’est à dire auto­pu­bliée pour l’instant, pour­quoi pas édité à l’avenir (tout en res­tant indé­pen­dante et auto­pu­bliant cer­tains textes…)
    Je n’ai rien contre les auteurs édi­tés ou les édi­teurs, j’ai juste quelque chose contre la mau­vaise foi : la plu­part du temps ces chro­niques sont orien­tées par un dis­cours défini par un édi­teur influent pour le mettre en avant, le défendre et l’encenser… dans l’espoir d’être dans ses bonnes grâces. (je ne sais pas si tu te sou­viens de ça, mais c’était un cas de lèche carac­té­ri­sée : http://www.oeuvresouvertes.net/spip.php?article911 )

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  • 2 janvier 2012 à 10 h 07 min
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    Eh bien voilà qui per­met de com­men­cer l’année en bonne com­pa­gnie… Un peu d’air frais n’est pas à dédai­gner, merci Paumadou !

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  • 3 janvier 2012 à 11 h 11 min
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    un peu comme tous les milieux pro­fes­sion­nels fina­le­ment
    la lit­té­ra­ture ne béné­fi­cie pas d’extraterritorialité (même si des écri­vains et des édi­teurs essayent de le faire croire)
    (et puis pour l’autoédition : Proust a été refusé par Gal­li­mard, et s’est auto-édité au début, comme d’autres auteurs deve­nus clas­siques
    autoé­dité ou pas, peu importe, on veut de bons livres
    auto­pu­blié est sans doute pré­fé­rable à autoé­dité (c’est th crou­zet qui fai­sait la dif­fé­rence je crois), mais hey tout est possible

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