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Du côté du blog

Mercredi 04 janvier 2012

Auteur ou écrivain ?

Pour cer­taines per­son­nes, il suf­fit d’écrire pour devenir auteur.

Pour d’autres, il faut être pub­liés (à compte d’éditeur évidem­ment), ou alors racon­ter des his­toires (oui, tous les livres ne racon­tent pas des his­toires, il y a aussi des manuels de crapette, des recettes de cui­sine ou des exer­ci­ces de yoga men­tal) ou manger du papier à longueur de temps (pas super digeste) ou recevoir un prix lit­téraire pres­tigieux. Bref, il y a cer­taine­ment autant d’avis sur le sujet que de per­sonne ayant réfléchi sur le sujet.

Mon avis (per­son­nel qui n’engage que moi, blablabla) le voici: il suf­fit d’écrire pour être auteur. Mais pour devenir écrivain, il faut un petit plus.

Atten­tion ! Je ne dis pas qu’il faille être un génie, avoir une grosse tête bien médi­a­tique ou écrire des phrases com­pliquées à ral­longe et qui sem­blent ne vouloir rien dire (mais ça c’est nor­mal, c’est parce qu’elles ne veu­lent rien dire! Non, vous n’êtes pas bête ;) ).

Comme je ne cesse de le répéter : si on veut vrai­ment quelque chose (de réal­iste) il faut y met­tre les moyens et ne jamais baisser les bras. Donc dans ma logique de le tal­ent s’acquiert et se tra­vaille, pas comme le génie qui est naturel, je vais vous expli­quer en quoi il y a une dif­férence à mon esprit entre auteur et écrivain et en quoi ça n’a rien à voir avec du génie.

Auteur ?

Un auteur est donc quelqu’un qui écrit des textes. Nous sommes tous d’accord là-dessus, quelque soit la qual­ité lit­téraire du texte (l’auteur d’une cir­cu­laire sur le lait en poudre est autant auteur que Bar­bara Cart­land ou Vic­tor Hugo)

Je vais cir­con­scrire le cer­cle aux auteurs de fic­tions (en englobant les derniers grands “romans” de sep­tem­bre 2011 qui tenaient plus de la bio/autobiographie que de la fic­tion pour beau­coup d’entre eux) pour ne pas trop m’éparpiller.

Un auteur (de fic­tion) raconte une his­toire: il a des idées d’histoires, de per­son­nages, de sit­u­a­tions. Il les met en scène, les décrit, les agence pour for­mer une nou­velle, novella, roman, saga, fleuve… Bref, un auteur écrit des histoires.

Voilà, c’est tout, qu’elles soient bonnes ou pas, peu importe. Si un type pond des his­toires à la chaîne, il reste un auteur, même sans tal­ent, même sans ambition(ou avec beau­coup), même sans imag­i­na­tion, même sans originalité.

Ce qui dis­tinguerait à mes yeux un “bon” auteur d’un “mau­vais” auteur serait son usage de la langue française, de la répétition/redondance (raaaah, ça c’est la pire des fautes et je suis la pre­mière à la faire), de l’originalité de ses persos/situations/histoires. Bref, même un mau­vais auteur, reste à mes yeux un auteur.

Ecrivain ?

La dif­férence avec l’écrivain est beau­coup plus sub­tile et je pense sera sujette à dis­cus­sion (je vous vois venir, allez-y, les com­men­taires, c’est fait pour ça).

On peut être auteur sans être écrivain. L’écrivain pour moi a un degré sup­plé­men­taire de con­science dans l’écriture.

L’auteur peut pousser son per­son­nages jusqu’à con­naître par coeur sa généalo­gie, son enfance et ce qui se passera après l’histoire qu’il raconte. Ce n’est pas parce qu’il crée et fait vivre un univers qu’il accède au rang d’écrivain. S’il se con­tente de racon­ter des his­toires, il restera auteur (peut-être très bon ! Je ne fais pas de dis­crim­i­na­tion du tout sur ça !)

Un écrivain pour moi réflé­chit non seule­ment à son his­toire, mais égale­ment à la manière de la ren­dre et à le faire de manière originale/renouvelée. Ce n’est pas non plus une ques­tion de style (le style était quelque chose qui ne se réflé­chit pas, mais se forge à l’écriture — en gros nos tics d’écriture)

Il se posera des ques­tions sur la nar­ra­tion évidem­ment. Mais je dirais que savoir si il use de la pre­mière ou troisième per­sonne (voir de la deux­ième pourquoi pas) relève du pre­mier niveau de la prise de con­science de l’écrivain. En gros un auteur qui se prendrait la tête pour savoir si Je ou Il, accède à “l’aspiration-écrivain”. C’est un pre­mier pas ;)

Après, il devra dépasser l’histoire, les perso pour entrer dans la manière de ren­dre l’ambiance, la linéar­ité ou les cas­sures dans le récit, les émo­tions qu’il souhaite provo­quer, la manière de le faire, les visions intérieures/extérieures. Bref, entre une sim­ple his­toire racon­tée de manière assez linéaire par un auteur et une expéri­ence lit­téraire par un écrivain, il y a un monde.

Au final, être auteur ou écrivain ?

C’est vous qui le sen­tez ! Il y a des lecteurs pour tous les goûts. On peut avoir du plaisir et un tal­ent développé pour racon­ter des his­toires sans se pencher plus avant sur la pratique/réflexion de l’écriture. Pour moi, être auteur et non pas écrivain n’est pas une tare. Beau­coup de lecteurs ne vont pas se poser de ques­tions plus avant : ils lisent une his­toire et ça leur suf­fit. Ils sont con­tents et vous aussi !

Par con­tre, si vous com­mencez à vous lasser d’écrire des his­toires, peut-être vous pencherez vous sur la manière de la rendre.

Ceci est un exem­ple de ce qui pour­rait dis­tinguer un auteur d’un écrivain à mes yeux :

Entre faire une descrip­tion basique de la ferme de votre enfance et le voir à tra­vers les yeux et sens d’un vieux type qui se sou­vient de cette même ferme, c’est très dif­férent.
Vous vous ren­dez compte que dans le pre­mier cas, vous tenez ce que vous écrivez pour acquis (et vos lecteurs aussi), tan­dis que dans le deux­ième vous jouer sur les sen­sa­tions, les émo­tions et surtout les sou­venirs fluc­tu­ants et par­fois inco­hérents !
Dans le pre­mier vous êtes linéaires, sans sur­prise pour le lecteur (sans dan­ger devrais-je dire), dans le deux­ième vous pou­vez créer un malaise chez lui, le désta­biliser, le ramener à ses pro­pres sou­venirs, le faire se ques­tion­ner. Créer un dan­ger pour lui bien plus grand, car plus intime et réel, que de l’emporter à la recherche d’une planète extra-terrestre hab­it­able dans un récit sans impli­ca­tion per­son­nelle du lecteur (par exemple).

Cer­tains lecteurs n’aiment pas ces sit­u­a­tions où le récit touche à leur pro­pre ressenti, d’autres les recherchent. A vous de choisir en tant qu’auteur (ou écrivain) ce que vous voulez offrir à vos lecteurs : la grande aven­ture à l’émotion bal­isée et ras­sur­ante (et donc réduite) ou l’aventure sauvage sans cer­ti­tude d’en sor­tir indemne ?

(évidem­ment, il n’y a pas QUE cet aspect, ceci était un exem­ple de ce qui pour moi, ferait la dif­férence entre un auteur et un écrivain)

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27 Commentaires

  1. Sediter dit :

    Ce n’est pas la pre­mière fois que je lis quelques écrits sur la notion d’auteur, qui est auteur pour qui pourquoi, et je trouve tou­jours ceci à la fois très intéres­sant et tout aussi impos­si­ble à résoudre que l’œuf ou la poule (la poule voyons, ça me paraît évi­dent !). Bref.

    Tu le soulignes assez bien, mais c’est avant tout une ques­tion de per­cep­tion per­son­nelle. Cha­cun peut y voir ce qu’il veut.

    Tout d’abord, il s’agit évidem­ment d’un jeu sur les mots (Notre ami Jean-Basile Boutak risque d’ailleurs de répon­dre très vite s’il passe par ici, car le sujet l’intéresse égale­ment). Auteur et écrivain sont pour moi de par­faits synonymes.

    D’ailleurs, si j’en restais aux déf­i­ni­tions, mon écrivain (déf­i­ni­tion : per­sonne qui écrit des ouvrages) serait ton auteur (déf­i­ni­tion : celui qui est la cause de quelque chose) et vice-versa.

    Reste que je suis d’accord avec toi (reprenons ton sens des deux mots pour ne pas nous embrouiller inutile­ment) : un auteur bon ou mau­vais reste un auteur. Celui qui a la volonté d’inventer des his­toires et de les écrire a le droit et le mérite d’être appelé auteur, c’est bien la moin­dre des choses.

    D’ailleurs, qui serions-nous pour juger du car­ac­tère bon ou mau­vais d’un récit. Quelque part sur Terre, un lecteur préfère sans doute les textes à l’histoire ban­cale et bourées de fautes d’orthographes, et per­sonne ne pourra lui enlever cela !

    En revanche, sur la dif­férence entre auteur et écrivain, la tienne me paraît plus idéologique qu’autre chose… L’écrivain a réfléchi à toute l’existence de son per­son­nage ? Tant mieux pour lui, mais si ça ne se ressent pas dans son texte, quel intérêt ? Le lecteur parvient-il réelle­ment à faire la dif­férence à la lecture ?

    D’autant plus que selon toi l’auteur ou plutôt l’écrivain aurait la pos­si­bil­ité de choisir entre rester écrivain ou rester auteur, ce qui me paraît étrange. Être écrivain n’est donc pas un état mais un statut ?

    La vérité, c’est que je n’arrive pas vrai­ment à com­pren­dre où se situe la bar­rière auteur/écrivain selon toi ? Deux choses que je pour­rais com­pren­dre à par­tir de ton texte :
    – L’écrivain est un bon auteur : pour­tant la pre­mière par­tie me laisse penser que tu ne vois pas du tout les choses ainsi.
    – L’écrivain est un “artiste” et l’auteur un créa­teur de diver­tisse­ment. Et dans ce cas on en revient davan­tage aux notions de lit­téra­ture et de lec­ture divertissante…

    Dans tous les cas, tout cela reste bien sub­jec­tif, et je reste per­suadé qu’un lecteur pour­rait bien trou­ver une pro­fonde richesse lit­téraire (quitte à être le seul, en quoi cela le dérangera-t-il ?) dans le pire des Harlequins…

  2. Alabergerie dit :

    Quelqu’un a un Petit Robert sous la main ?

    Voici ce que nous dit la Rousse :

    http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/auteur
    http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/%C3%A9crivain

    Ter­ri­ble, hein ? Un écrivain est un auteur qui écrit. Bigre !

  3. Isa Lise dit :

    Amu­sant car j’ai juste­ment l’approche inverse. ;-) Ceci dit, aucun des ter­mes ne me sem­ble par­faite­ment juste et au final, je crois que ce qui importe, c’est ce que l’on met der­rière ces mots…
    La déf­i­ni­tion d’écrivain est “celui qui écrit des ouvrages”, donc c’est val­able pour celui qui pond un bouquin pour un nou­veau régime mir­a­cle; quitte à dire des âner­ies selon lesquelles des points pour­raient être accordés au bac en fonc­tion du poids… Voui, je dis­gresse. :-D
    Auteur, pour moi, c’est inven­ter, créer et non se con­tenter d’aligner quelques phrases…
    Et puis il y a ce “vain” dans “écrivain” qui m’agace… Finale­ment, je préfère encore romancière… :-)

  4. TheSFReader dit :

    Je crois que la dis­tinc­tion que fait Pauline est plus dans une dis­tance ou réflex­ion entre l’histoire en elle même et la tech­nique employée pour la retranscrire.

    Selon ses critères, un auteur écrirait plus “au ressenti” ou à l’instinct, sans réflex­ion sur les aspects tech­niques autres que ceux de la gram­maire et de l’orthographe, alors que l’écrivain utilis­era –> con­sciem­ment <– un cer­tains nom­bre de tech­niques au delà de cette grammaire/orthographe .

  5. idmuse dit :

    La seule chose que je me sou­viens de mes cours d’art, c’est qu’on ne se proclame pas artiste, il faut que le milieu le fasse (être reconnu par ses pairs, quoi).
    C’est pareil pour tous les arts. Si tu gri­bouilles sur un bout de papier, ça ne fait pas de toi un dessi­na­teur digne de ce nom.

  6. Paumadou dit :

    @sediter
    Tu as lu trop vite (mais vu que tu as répondu dans la minute, ça ne m’étonne pas ;) )
    Un auteur peut avoir réfléchi à son univers jusqu’au moin­dre détail (Ses per­son­nages, leurs vies, leurs expéri­ences, blablabla), ça ne fait pas de lui un écrivain à mes yeux.
    Je pense ici aux gens qui écrivent de la SFFF (entre autre) et font des fiches perso sur X généra­tions, ou le sys­tème de plan­i­fi­ca­tion Flo­con. Ca apporte par­fois de très bons réc­its mais tout cela relève de l’histoire. L’auteur peut être bon à écrire, racon­ter une his­toire, trans­met­tre un univers sans être écrivain.

    L’écrivain, à la lim­ite, peut se fiche de l’histoire (quoi que ça n’est pas nég­lige­able non plus ;) ) lui ce qui l’intéresse, c’est l’usage du verbe et la manière de trans­met­tre les émotions/ressentis. Au lieu de savoir s’il est cohérent et si les per­son­nages ont l’air réal­istes, il va plutôt se ques­tion­ner sur la manière dont il doit tourner son paragraphe/inclure ses dia­logues (d’une manière classique/codifié ou au con­traire chercher un moyen de le faire de manière différente).

    En gros : un auteur écrit une his­toire, un écrivain fait vivre une expéri­ence littéraire.

    Je pense que pour devenir écrivain, il faut dépasser la sim­ple “nar­ra­tion” d’histoire et entrer dans la recherche lit­téraire en se détachant des règles admises de nar­ra­tion.
    Par exem­ple, je relis un texte en ce moment : la nar­ra­tion est bonne, l’histoire cohérente et se tient bien. Mais voilà, c’est con­ven­tion­nel. Les per­son­nages racon­tent leur vie au passé, comme si on la vivait en même temps qu’eux. Hors, soit ils sou­vi­en­nent : cela implique des inco­hérences, des erreurs, des ressen­tis…, soit ils la vivent dans l’instant, pourquoi utiliser le passé alors ? Et de quelle manière puis-je ren­dre ce passé, ses incer­ti­tudes d’une manière qui ne laisse pas le lecteur en dehors du récit, à sa place bien sage et sans risque pour lui.
    L’histoire en elle-même pour­rait con­venir à beau­coup de lecteurs, mais j’ai envie de pousser sur les ressen­tis et les malaises. Pousser le lecteur à se poser des ques­tions sur lui-même, sur la manière dont j’utilise telle tech­nique et pourquoi. Pousser le lecteur à réa­gir. Pas juste me poser la ques­tion d’un point de vue nar­ratif dans une his­toire linéaire.
    Oui d’un cer­tain point de vue l’écrivain serait artiste, et l’auteur créa­teur de diver­tisse­ment. Ce n’est à mes yeux négat­ifs pour aucun des deux : j’adore me diver­tir comme j’aime qu’on me fasse un peu cog­iter sur le monde, les deux ne sont pas incom­pat­i­bles et tant que l’un ne con­fond pas son rôle avec celui de l’autre, tout va bien ;)

    Je fais la dis­tinc­tion parce que je n’ai pas d’autre terme et que je ne vais pas inven­ter un mot alors qu’il en existe un ! ;)
    Elle est effec­tive­ment très sug­ges­tive ! Mais ce sont deux approches dif­férentes de l’écriture : d’un côté, c’est racon­ter des his­toires (et donc se con­cen­trer sur l’histoire) de l’autre, c’est expéri­menter, chercher, se planter sur l’écriture. On peut faire les deux, ce n’est pas incom­pat­i­ble. Et il n’y a aucun mal à ne pas se soucier d’expérimentation lit­téraire. Je trouve qu’on y apprend beau­coup, mais ce n’est que mon avis !

  7. Sediter dit :

    @Paumadou Et bien je suis moins bête que prévu car ta réponse m’a fait par­faite­ment com­pren­dre le con­cept ! Il ne me reste donc plus qu’une objec­tion : l’écrivain peut-il vrai­ment faire le choix d’être auteur ?
    Son envie de tra­vailler sur les mots n’est-elle pas tou­jours présente ?

    L’écrivain qui déciderait d’être auteur le ferait-il pour écrire plus rapi­de­ment, pour ven­dre plus facile­ment ? Serait-ce ton cas ?

    :-)

    Oui, pour 2012 je deviens psy­ch­an­a­lyste et je pose tou­jours mes ques­tions en série !

  8. Paumadou dit :

    @alabergerie : Ah le sens des mots ! A la fois juste et traître ! On pour­rait passer sa vie à se lim­iter aux descrip­tions de l’académie française (ou autres dicos) mais qu’est-ce qu’on s’emmerderait ! ;)

    @IsaLise : Cha­cun sont ressenti. Pour moi écrivain, c’est un beau mot (oui, c’est vain ! comme tout art pour la plu­part des gens ! Mais si ça touche une seule per­sonne, ce n’est plus aussi vain ;) )

    @TheSFReader : Voilà ! Je com­mençais à croire que je n’étais pas claire du tout, merci ! ;)

    @idmuse : Ca me rap­pelle un texte que j’ai quelque part (pas de moi) qui explique “Qu’est-ce que l’art ?” (ou qu’est-ce qu’être artiste, je ne sais plus) et qui au final résume que tout cela ne sert à rien sauf à engraisser les cri­tiques d’art dans des vernissages à petits fours (très drôle, fau­dra que je le retrouve)
    Je pense qu’on peut se dire artiste si on a vrai­ment con­science de ce que cela implique de rigueur et de recherche, de mes­sage à trans­met­tre (ne débat­tons pas sur ça, c’est pas le sujet).
    Au final, les plus orig­in­aux et nova­teurs sor­tiront du lot sur la fin ou après leur mort. Entre temps, il y aura un paquet d’”artistes” auto­proclamés qui ne fer­ont pas d’art (ou inven­terons des con­cepts, très à la mode dans l’art, les con­cepts).
    Ce n’est effec­tive­ment pas en dessi­nant sur un bout de papier qu’on devient artiste, il y a une con­science sup­plé­men­taire dans la tech­nique et la volonté de faire passer un mes­sage (mais lais­sons, je sais que beau­coup de gens pensent qu’un pein­tre est un artiste parce qu’il peint…)

  9. Paumadou dit :

    @sediter : On peut choisir de rester auteur pour cer­tains textes et être écrivain pour d’autres !
    L’envie de tra­vailler les mots est par­fois bien pénible (tu ver­ras quand tu blo­queras presque deux semaines sur la réécri­t­ure d’un chapitre ! Argh en plus j’ai les idées pour le réécrire, mais ça veut pas ! :P )
    En écri­t­ure, il peut y avoir l’alimentaire, le loisir, le boulot, la pas­sion… Il y a de tout !

    Et oui, j’écris des trucs rapi­des sans recherche qui se ven­dront bien j’espère (en tout cas assez pour devenir mil­liar­daire :P) et des trucs qui ne se ven­dront pas et me pren­nent des mois (ça va finir en années cette his­toire je le sens… attends ! écrite en 2010, revue en 2011, mince on est déjà en 2012 ! ça fait bien des années !)
    Ecoute, si tu deviens psy­ch­an­a­lyste, je te con­seille d’éviter de croiser Nathalie Hamidi parce qu’avant d’aller dégom­mer des zom­bies, elle bouffe des psy au petit déje­uner ;) (et puis t’évites de lui dire qu’on se con­naît d’accord ? :rotfl: )

  10. Svippy dit :

    On pour­rait aussi repren­dre la dis­tinc­tion que Julien Gracq fai­sait entre un “écrivant” et un “écrivain” pour mon­trer les dif­férents degrés dans la manière d’appréhender l’acte d’écrire.

  11. Dang_Dae_Link dit :

    L’auteur c’est celui qui agit, peut être assim­ilé au créa­teur, mais on parle aussi de l’auteur du crime…
    En musique, l’auteur est celui qui écris les paroles, le chanteur celui qui les chante, et le chanteur pro celui qui gagne sa vie en chan­tant.
    On con­sid­ère que quelqu un est musi­cien a par­tir du moment où il fait de la musique, et peu importe son niveau (sauf pour ceux aux con­sid­éra­tions pédantes…), et on appelle musi­cien pro un musi­cien qui gagne sa vie en faisant de la musique.
    Dans le cas de l’écriture, pour moi on est écrivain a par­tir du moment où on écrit (c’est aussi la con­sid­éra­tion de Stephen King dans son livre, ecri­t­ure mémoire d’un métier)
    On est écrivain pro à par­tir du moment oùl’écriture nous fait gag­ner note vie. Et dès le moment où on écris (invente? Crée?), on est auteur.
    En fait la dis­tinc­tion que vous faites ici est mal placée, vous met­tez en oppo­si­tion auteur et écrivain, alors qu’il est à mon avis plus juste de faire une oppo­si­tion entre écrivain réflé­chit et écrivain instinc­tif.
    Pour finir, je pense que les génies sont plutôt instinc­tifs alors que les autres devront êtres réfléchis s’ils veu­lent avoir la chance d’être édités.
    PS : l’artiste est celui qui pra­tique un art (peu importe sa qual­ité ou son talent)

  12. Jo Ann v. dit :

    Per­son­nelle­ment, j’utiliserais la dis­tinc­tion autrement. Je dirais « con­teur » et « écrivain », même si con­teur est très bien. Les grands écrivains pop­u­laires sont sou­vent des con­teurs.
    J’adore Of Mar­riage­able Age (Les Noces Indi­ennes) de Sharon Maas. J’ai été hap­pée par le roman, j’ai vibré, pleuré, trem­blé, etc. Ma meilleure amie n’est pas entrée dans l’histoire : l’écriture de Maas la dés­espérait. En lisant le roman suiv­ant, je n’ai pas été aussi séduite, j’ai donc pu mieux me ren­dre compte de l’écriture et je suis d’accord avec ma meilleure amie. Comme écrivain, c’est pas tou­jours ça, mais comme con­teuse d’histoire, Sharon Maas est excel­lente. Tout comme Tamara McKin­ley et Kath­leen McGowan. Cette dernière écrit ter­ri­ble­ment (mais qui suis-je pour le dire), mais son roman Marie-Madeleine : Le Livre de l’Élue m’a foudroyée.
    Je dis que je suis écrivain. Aucune honte là dessus puisque en por­tu­gais ou en anglais, on ne fait pas de chichi : tu écris = tu es écrivain. Ça englobe mes romans, mes nou­velles, mes poèmes et mes réc­its. Mais ce que je veux, plus que toute autre chose, c’est racon­ter une his­toire. Donc, à la fin, qu’on me con­sid­ère auteur, écrivain, roman­cière, con­teuse… c’est à la sen­si­bil­ité de tout un chacun. :-)

  13. Paumadou dit :

    @Svippy : Je ne con­nais pas Gracq (ça fait plusieurs fois qu’on m’en parle fau­dra que je pense à aller y regarder de plus près), mais peut-être que les mots que j’ai choisir n’était pas les bons. “écrivant” serait donc mon “auteur” et “écrivain” mon écrivain ? (je pense qu’il doit y avoir des nuances plus dévelop­pées, non ?)

    @Dang_Dae_Link : Pré­ci­sions: quand je parle auteur, je parle auteur d’écrits de fic­tion (je l’ai pré­cisé et je le re-précise) et non d’auteur au sens général.
    Ensuite:
    Vous placez la dis­tinc­tion à un niveau financier, je la place à un niveau artis­tique. Parce que le revenu pour moi n’est signe que d’une monéti­sa­tion d’un con­tenu et non d’une approche de l’écriture.

    Regar­dons Karl Dubost : il écrit, il a une vision et une pen­sée de l’écriture. Mais il ne gagne pas sa vie avec, il n’est pas pro­fes­sion­nel de l’écriture au sens terre à terre de gag­ner sa vie. Il ne le veut pas et se con­tente de l’acte d’écrire. Pour moi, il a un statut d’écrivain car sa réflex­ion n’est pas dans l’histoire qu’il trans­met mais dans les mots même qu’il utilise et la manière dont il les utilise.
    Je prendrais pour autre exem­ple Stephe­nie Meyer : ses his­toires sont diver­tis­santes, on les lit facile­ment, elles vous tien­nent bien la tête, vous dis­traient et rem­plis­sent par­faite­ment leur rôle d’exutoire d’une vie pas ter­ri­ble. Je ne la con­sid­ère pas comme un écrivain car elle n’apporte ni vision par­ti­c­ulière de l’acte d’écriture, ni inno­va­tion dans la manière de faire. Pour­tant elle gagne sa vie avec ses écrits et je ne lui en voudrais pas pour ça.
    Je fais cette dis­tinc­tion et ça n’a rien de péjo­ratif pour ceux que je classe dans la caté­gorie auteur ni pour ceux que je classe dans la caté­gorie écrivain. Ce sont deux approches dif­férentes, non pas con­tra­dic­toires ou antag­o­nistes, juste dif­férentes ! L’un peut être l’autre, ça peut varier avec le temps, les écrits, ce n’est pas un statut figé dans mon esprit, con­traire­ment à l’acte banal de gag­ner trois ronds en pub­liant un texte.
    Ça n’a rien à voir avec le côté financier, puisqu’il s’agit pure­ment de l’écriture.
    Puis, on peut être dans l’instinctif en étant écrivain, on peut être dans le réfléchi en étant auteur (ce n’est pas incom­pat­i­ble avec la déf­i­ni­tion que j’en ai donné)

    Stephen King a son avis sur la ques­tion, c’est amu­sant car on me le sort à tout bout de champ. Il n’est pas le seul à réfléchir sur l’écriture et le métier d’auteur/écrivain ! Et même si je recon­nais qu’il peut avoir du tal­ent ou du génie (j’avoue que je n’ai jamais réussi à lire un de ses livres en entier, donc je ne pour­rais pas juger plus avant), bref, même s’il est reconnu comme une référence en la matière, il n’est pas le seul à cog­iter là-dessus (c’est bien aussi de varier les points de vue ;) )

    Le génie avec moi est un débat sans fin alors j’éviterai le sujet (tout comme le tal­ent, vaut mieux pas me poser la ques­tion, vu que les gens basse­ment terre à terre me sor­tiront encore la déf­i­ni­tion du dic­tio­n­naire… génie=talent, talent=génie, sur laque­lle je ne suis pas d’accord car j’y mets des degrés, dis­cuter avec le dico sous les yeux juste pour avoir rai­son n’est pas intéres­sant, le débat est juste­ment que nous avons tous une vision dif­férente des mots ! et que le dico est là pour don­ner un sens basique à ce qui est com­plexe) mais je pense qu’on peut être un génie-auteur et/ou un génie-écrivain, ça n’a pas de lien avec le rap­port à l’écriture.
    Quant à être édité, mon Dieu c’est un bien autre débat dans lequel je n’entrerai pas, le fait d’être édité n’étant pas, pour moi, un critère déterminant.

    Pour votre PS, c’est votre vision et votre pen­sée, per­son­nelle­ment, j’ai été for­mée à faire la dis­tinc­tion entre ce que l’on appelle l’artiste du dimanche que je ne con­sid­ère pas comme un artiste mais comme un pein­tre (s’il peint évidem­ment, ou dessi­na­teur, ou musi­cien — une approche basée sur la pra­tique sans but autre que la pra­tique et le plaisir) et l’artiste réel qui a une vision artis­tique (loin des con­sid­éra­tions pop­u­laire de décorer son salon ou même pécu­ni­aire de gag­ner des sous) avec tech­niques, mes­sages, visions d’ensemble…
    Je sais que beau­coup de gens ne pensent pas comme moi, parce que beau­coup de gens n’ont pas eu à étudier l’art et les artistes pen­dant 5 ans sur tous les con­ti­nents de la préhis­toire à nos jours. Quand on a cette accu­mu­la­tion, à un moment, il faut faire la dis­tinc­tion entre la déf­i­ni­tion basique du dico (pour tout le monde) et la déf­i­ni­tion pro­fes­sion­nelle de l’artiste (pour les his­to­riens d’art, les con­ser­va­teurs, bref les gens qui ne sont pas artistes mais qui tra­vail­lent avec les artistes et la redéf­i­ni­tion con­stante de l’art –ques­tion sans fin chez les pros) : même si mamie jacotte fait de belles aquarelles et les vend une fois par an dans son asso­ci­a­tion, je ne PEUX PAS la con­sid­érer comme une artiste, elle ne sera jamais l’objet de recherches en his­toire de l’art et jamais aucun musée n’exposera ses oeu­vres (par exem­ple), à moins qu’elle n’apporte une vision ou un mes­sage.
    Par con­tre cer­tains ama­teurs auront une vision artis­tique et pousseront leur pra­tique au niveau de l’art, tan­dis que cer­tains pro­fes­sion­nels se con­tenteront de peindre/dessiner/jouer pour décorer des salons ou passer un bon moment. Le statut d’artiste à mes yeux n’a rien à voir avec l’aspect financier de la chose, ni avec la sim­ple “pra­tique artistique”.

  14. Paumadou dit :

    @jo ann : Oui, mais en France, on aime bien se pren­dre la tête avec des détails ! XD
    Je suis par­faite­ment con­sciente qu’il est par­fois dif­fi­cile de faire la dis­tinc­tion entre les deux approches que j’ai décrite juste en lisant un texte. C’est pour ça aussi que les deux ne sont pas incom­pat­i­bles (et idéale­ment, trou­ver les deux chez un auteur/écrivain serait le pied !) et tous les deux appar­ti­en­nent à la caté­gorie writer.
    Ce bil­let, c’était aussi un moyen de dis­tinguer deux approches de l’écriture, de mon­trer qu’il n’y a pas que le côté “racon­ter une his­toire” dans l’écriture (chose qu’on oublie sou­vent) qu’on peut aussi ne pas vouloir racon­ter d’histoire mais plutôt jouer avec les mots pour provo­quer l’intérêt autrement.

  15. J’ajouterais aussi la notion d’aboutissement. Si l’auteur peut se con­tenter de bribes, l’écrivain doit aboutir. La fini­tude d’un texte me sem­ble impor­tante pour l’écrivain. Mais ça n’est que mon avis bien-sûr !

  16. Il y a bel et bien une dif­férence entre auteur et écrivain, bien que les deux soient sou­vent liés, si j’en crois mon expéri­ence. L’auteur comme chrysalide de l’écrivain, à mon sens.

    Un écrivain, c’est quoi ?
    C’est une néces­sité et une langue.
    Coïn­ci­dence, je viens de d’écrire trois arti­cles sur le sujet. Atten­tion, il
    ne sont pas con­stru­its comme celui-ci, mais ten­dent plutôt à mener de front pra­tique et analyse. Le dernier s’essaie à une déf­i­ni­tion, qui vaut ce qu’elle vaut.
    http://bit.ly/xcnPYZ

  17. DF dit :

    Par con­tre, si vous com­mencez à vous lasser d’écrire des his­toires, peut-être vous pencherez vous sur la manière de la rendre.”

    Heuh, critère non per­ti­nent. En effet, un jour­nal­iste se demande AUSSI com­ment ren­dre son his­toire sexy, afin qu’elle soit lue (hiérar­chi­sa­tion de l’info, titraille inci­ta­tive avec des jeux de mots (cf. Causeur) ou des argu­ments accrocheurs (cf. Paris-Match)). Il peut même écrire un arti­cle avec l’accent, on l’a vu récem­ment. Cela ne fait pas de lui un écrivain.

    Je suis assez d’accord avec l’argument de la “recon­nais­sance par d’autres”, pairs (d’autres écrivains qui vous recon­nais­sent comme un con­frère) ou lecteurs.

    Par ailleurs, il serait intéres­sant d’élargir le débat en se deman­dant, par exem­ple, quels sont les critères d’admission dans des sociétés d’écrivains, pres­tigieuses ou con­fi­den­tielles. Cela pour­rait nour­rir le débat, à par­tir des élé­ments objec­tifs évo­qués en début de billet.

    Des réflex­ions sur le statut d’écrivain appa­rais­sent par ailleurs aussi dans le livre “La Con­di­tion lit­téraire, la dou­ble vie des écrivains”, de Bernard Lahire.

  18. TheSFReader dit :

    La ques­tion de déf­i­ni­tion des Pairs et Société d’écrivains est d’autant plus impor­tante qu’une dérive récente a plu­tot été de définir cette liste en fonc­tion de “pub­lié” ou non …

  19. Dang_Dae_Link dit :

    En fait, comme je l’ai dit, je pense que c’est votre ter­mi­nolo­gie qui n’est pas cor­recte. Mais cela reviens à l’avis de cer­tains psy­cho­logues sur le sens des mots, chaque mot à un sens dif­férent pour cha­cun de nous parce qu’il se rap­porte à notre vécu. Voici pourquoi je préfère me rap­procher le plus pos­si­ble du sens que donne le dic­tio­n­naire à un mot car c’est le meilleur moyen d’être d’accord et de se com­pren­dre. Cepen­dant, je n’ai pas util­isé de dic­tio­n­naire lorsque j’ai rédigé mon dernier commentaire ;-)

    Je pense qu’en fait, vous avez voulu dif­férencier auteur pop­u­laire et auteur littéraire(et tech­ni­cien?), car il est vrai que dans un cas, on ne s’emmerde pas à faire des jolies choses pour les gens qui ne sont pas capa­bles de les lire, on les réserves à ceux qui vont faire des com­men­taires de textes et qui sauront apprécier les belles métaphores.
    Mal­heureuse­ment, au vu de l’augmentation con­sid­érable jour après jour du nom­bre de livres dif­férents dans les cat­a­logues de nos libraires (et je ne parle même pas de livres numériques…), l’écrivain est obligé de sim­pli­fier son écri­t­ure pour ven­dre. Un livre qui n’est pas vendu n’est pas lu et du fait que ce soit la pop­u­la­tion qui décide de ce qu’elle aime ou non, les œuvres lit­téraires ne se vendent plus qu’à des étu­di­ants en arts ou en lit­téra­tures (j’extrapole mais c’est presque ça).
    Donc les édi­teurs n’éditent plus d’œuvre lit­téraires, donc ceux qui seraient poten­tielle­ment des artistes ne peu­vent pas en devenir puisqu’ils ne seront jamais lu par des his­to­riens ou des con­ser­va­teurs d’arts…

    Pour utiliser votre ter­mi­nolo­gie, je pense donc que l’écrivain n’a pas le choix, il est obligé de com­mencer par être auteur pour être pub­lié et ensuite écrivain pour être reconnu comme tel par les cri­tiques qui cou­vriront d’insultes les texte que l’écrivain à écris en tant qu’auteur.

    Pour ce qui est du prob­lème de recon­nais­sance, je con­sid­ère que la seule per­sonne à avoir le droit de me définir, c’est moi. Et j’espère que tous ceux qui n’ont été reconnu qu’à titre posthume se sont recon­nus eux même de leur vivants et étaient fières de leurs travaux. Être reconnu comme écrivain par un autre écrivain, ça flatte l’égo, c’est tout (et encore ça dépend de l’écrivain qui nous recon­nait…). Alors que se définir soit même comme écrivain, c’est se don­ner une cer­taine respon­s­abil­ité en fonc­tion de com­ment on défini l’écrivain bien entendu.

    Au fait, pourquoi n’avez vous jamais lu de Stephen King en entier si on vous le sort si sou­vent?
    Pour ma part, ras­surez vous, ce point de vu est bien le mien suite à d’innombrable lec­tures et discussion :-)

  20. TheSFReader dit :

    Dean Wes­ley Smith a une vision tout à fait dif­férente de cette dis­tinc­tion, (qui n’a rien à voir avec l’art d’ailleurs) : (Anglais inside) http://www.deanwesleysmith.com/?p=6190

    Pour résumer, pour lui, l’auteur est celui qui a écrit (et qui en reste +- là) alors que l’écrivain est dans l’acte d’écriture (du livre suivant ?).

  21. chris dit :

    Bon­jour, je n’ai pas le temps de lire tous les com­men­taires, mais le sujet sem­ble fasciner ! Donc, je m’excuse si ce que je vais dire a été dit.
    je pour­rais être en accord avec ton arti­cle, sauf que pour moi les déf­i­ni­tions sont inver­sées.
    Si je regarde l’origine du mot, auteur, il s’apparente à créa­teur : Petit Robert : auteur : celui qui est la cause, ou a l’origine d’une chose. Ex: La Fontaine ; L’auteur de l’univers.
    Écrivain vient du latin scribam ou scribe qui veut dire greffier. Ensuite vient cette def­i­n­i­tion du Petit Rober écrivain avec syn­onymes : auteur, lit­téra­teur : Homme de plume, homme de lettre.

    On l’aura com­pris, je préfère être une auteure. Bonne journée.

  22. Eric D. dit :

    Je vous lis, mais invari­able­ment j’ai l’impression qu’on entre facile­ment dans un juge­ment de valeur (à quel point il réflé­chit ses per­son­nages ou souhaite faire passer une émo­tion par exemple).

    Mais en vous lisant je me rends compte aussi que les exem­ples sont significatifs :

    - Un auteur écrit, peu importe quoi
    – Un écrivain écrit de la lit­téra­ture ou de la poésie, mais jamais du pur utilitaire

    Et c’est peut être là qu’est la dif­férence. Parce que jamais per­sonne n’arrivera à qual­i­fier si tel ou tel a mis un réel effort ou non. L’auteur et l’acte, et la con­no­ta­tion qui gravite autour de l’écrivain c’est celle de l’art et de l’artiste.

    Et finale­ment, est artiste qui le déclare, parce que l’art ne se juge pas. Sim­ple­ment tout le monde ne se déclare pas artiste. Un cor­don­nier peut juger faire de l’art, parce qu’il le voit comme tel, mais tous les cor­don­niers ne sont pas artistes pour autant, même si leur résul­tat est sim­i­laire voire meilleur.

    J’en retiens : Tous sont des auteurs, mais l’écrivain a une volonté artis­tique ou pro­pre à l’écrit et pas lim­itée à l’utilitaire.

    Impli­ca­tions :

    - Un auteur qui fait des livres à la chaîne en se moquant totale­ment de ce qu’il écrit tant qu’il vend n’est pas un écrivain mais un auteur. Ils sont rares mais ils exis­tent.
    – Mis à part ces excep­tions, ceux qui écrivent en lit­téra­ture, en poésie, sont des écrivains
    – Le comique Ray­mond Devos est un écrivain, quand bien même il n’a rien pub­lié
    – Mais mis à part des excep­tions qui tra­vail­lent le texte pour lui-même, ceux qui font de la doc­u­men­ta­tion ou du texte util­i­taire ne sont pas des écrivains.
    – Celui qui fait une belle cor­re­spon­dance avec sa promise en tra­vail­lant le texte pour lui-même, est bien un auteur, quand bien même il n’aurait rien publié

  23. chris dit :

    @ the SF reader. excel­lent ! merci.

  24. Eric D. dit :

    @Paumadou

    Je suis gêné par ta vision de l’artiste qui doit être reconnu par ses pairs. Elle implique un juge­ment de valeur, ce qui me parait tou­jours dan­gereux pour qual­i­fier les gens et les rôles.

    Nom­breux sont les artistes, y com­pris de renom, qui n’ont jamais été con­sid­érés par leurs pairs de leur vivant. Est-ce à dire qu’ils n’étaient pas des artistes ?

    De même le juge­ment varie et je suis cer­tain qu’on peut trou­ver des artistes con­sid­érés comme tels par des pairs, et qui un jour ne l’étaient plus. Est-ce à dire qu’ils ont pu per­dre leur statut vis à vis d’oeuvres pub­liées depuis longtemps ?

    Si on peut devenir (ou inverse­ment) artiste “après coup”, c’est for­cé­ment pour moi que la déf­i­ni­tion a une faille.

    Ainsi on peut for­cé­ment être artiste connu ou inconnu, reconnu ou méconnu, com­pris ou incom­pris. Cer­tains for­cé­ment res­teront incon­nus ou mécon­nus, ils n’en seront pas moins artistes.

    Seule l’intention de l’auteur lui-même peut faire selon moi cette dif­férence. Et oui, ça peut vouloir dire qu’il y a des mau­vais artistes, qui font des choses que per­sonne ne com­prend ou ne recon­nait, y com­pris qui les vendent une fois par an sur leur jardin, et qui sont bien des artistes.

  25. Paumadou dit :

    @Dang_Dae_Link : Pourquoi jamais fini un Stephen King ? Parce que ce n’est pas du tout mon genre (enfin mon style vu que S.King n’as pas vrai­ment de “genre” attitré), je n’ai jamais réussi (pour­tant ce n’est pas ce qui manque à la maison !)

    @The SFReader : Pourquoi rien à voir avec l’art ? Être dans l’acte d’écriture (sur plusieurs livres…), c’est être dans l’acte de créa­tion dans la durée donc dans l’acte d’art selon ma déf­i­ni­tion (con­science réfléchie de la créa­tion et du mes­sage dans le temps, non juste sur un coup de tête ou une idée géniale)
    Je recon­nais que sa vision est assez symp­to­ma­tique de beau­coup d’auteurs actuelle­ment : j’ai écrit une nouvelle/roman, bon main­tenant je vais trou­ver un édi­teur et basta (en atten­dant de réécrire un truc, quand j’aurais trouvé l’éditeur et que j’aurais vendu…)
    C’est vrai que la dis­tinc­tion est intéres­sante et plus “pro­fes­sion­nelle” puisque d’un côté l’auteur selon sa déf­i­ni­tion serait un ama­teur (basé sur le passé, donc pas dans l’optique “en vivre, en faire un métier”) et un écrivain serait pro­fes­sion­nel de ce point de vue, ne ces­sant pas d’écrire pour atten­dre, mais bien en con­tin­u­ant vers le livre suiv­ant (ce qui entre nous est la seule manière dont devrait penser les auteurs/écrivains qui veu­lent vivre de leur plume)

    @Chris : Cha­cun sa déf­i­ni­tion, comme je dis­ais à cdedes sur twit­ter : dic­tio­n­naire: expli­ca­tions sim­plistes de notions com­plexes (c’est pas pour rien que l’Académie mets 80–100 ans à refaire le dico ;) — ils dis­cu­tent sans fin des déf­i­ni­tions sans devoir entrer dans la descrip­tion ency­clopédique à laque­lle ils sont sou­vent enclins de par leurs métiers !)

    @Eric D : Je suis par­faite­ment con­sciente que la déf­i­ni­tion qui est la mienne est très sub­jec­tive. En ne con­nais­sant que le résul­tat final, c’est sou­vent dur de juger (quoi que pour cer­tains on a bien con­science qu’il ne s’agit que d’un acte d’écriture — sans préoc­cu­pa­tion de l’histoire — ou juste une his­toire –sans préoc­cu­pa­tion de recherche dans l’écriture), les deux se mélan­gent assez facile­ment et d’une manière très floue. C’est pourquoi aussi je regarde le dis­cours autour de la créa­tion (défaut d’avoir étudié l’art et surtout l’art con­tem­po­rain, sans expli­ca­tion, beau­coup de choses nous échap­pent). C’est aussi une déf­i­ni­tion qui s’adressent aux auteurs/écrivains : et vous, com­ment vous positionnez-vous vis à vis de ça ? En dépas­sant les mots qui ne vous con­vi­en­nent pas (prenons juste l’acte de racon­ter et l’acte de réfléchir à l’écriture), com­ment réfléchissez-vous votre écri­t­ure ? Songez-vous à tout ou au con­traire à rien ? C’est ça qui est intéres­sant pour moi.
    Le juge­ment de valeur est très impor­tant : tout n’a pas la même valeur. Certes en se posi­tion­nant d’un point de vue “sco­laire” avec un sys­tème de nota­tions, de bons points, de bonnes pra­tiques, on arrive à hiérar­chiser les valeurs. Mais c’est parce qu’on a été formé à ça : 20/20, 15/20, 2/20… ça cor­re­spond à quoi ? A avoir suivi les règles imposées, c’est tout. Quand on sort de la nota­tion pure, qu’on juge la valeur du tra­vail fourni (qu’il soit des­tiné au récit ou à l’écriture), on entre dans le sub­jec­tif et donc il est impos­si­ble de hiérar­chiser de manière équitable, ou en tout cas uni­verselle. Donc, la hiérar­chie n’a plus aucune valeur, si ce n’est pour nous-même nous y retrou­ver dans nos choix et nos pra­tiques.
    Par exem­ple, je n’ai jamais parlé de met­tre l’écrivain au dessus de l’auteur ou inverse­ment. Toute per­sonne qui penserait cela devrait se poser la ques­tion de sa pro­pre objec­tiv­ité vis à vis d’une hiérar­chi­sa­tion des valeurs. On ne peut pas com­parer deux pra­tiques dif­férentes ! Sauf à estimer qu’il existe une norme à suivre (et en matière d’écriture ou d’art, je m’en garderai bien, c’est juste­ment en cas­sant les normes qu’on crée du neuf et de l’intérêt)

    @Eric D (bis) : au con­traire, je pense que les artistes sont ceux qui ont une con­science dans leur pra­tique et non ceux qui sont recon­nus comme tels par des pairs (au delà de la sim­ple pra­tique ou de l’entubage qui est courant aussi dans les “artistes” con­tem­po­rains… quoi qu’il y ait des cas d’entubages touchant à l’art tant ils sont absol­u­ment géni­aux !)
    Ca n’interdit pas à l’artiste inconnu qui vend dans son jardin d’en être un, et ça empêche pas mal de vendeurs de con­cepts plus ou moins avar­iés d’être cat­a­logué artistes à mes yeux. Mais tout cela est très sub­jec­tif, la recon­nais­sance des pairs est un gage plus ou moins sérieux et surtout par­ti­c­ulière­ment insta­ble car sujet aux modes. Quand on sort des “modes”, qu’on entre dans l’étude des raisons qui poussent à l’art, des mes­sages et des motifs de cet art (donc sans se caler juste sur les résul­tats fin­aux, mais entrer dans l’étude glob­ale de l’acte de créa­tion de l’artiste) là on peut déter­miner assez facile­ment qui peut pré­ten­dre à ce statut. Même si c’est une per­sonne qui ne vend pas ou peu, même si les oeu­vres sont assez médiocres. La qual­ité ce n’est pas la démarche, or c’est la démarche qui fait l’artiste. (j’arrête sinon je n’ai pas fini ! ;) )

  26. Rémi Billoir dit :

    Le mot “auteur” ne peut pas être util­isé sans com­plé­ment. Auteur d’une biogra­phie de Patrick Douil­let, auteur d’un manuel sco­laire, auteur d’une série de romans policiers… d’accord ; auteur tout court ? Cela fait référence, par défaut, aux oeu­vres qui car­ac­térisent cet auteur. Quand on parle d’un “auteur célèbre”, on pense évidem­ment à ses livres (ceux qui l’ont rendu célèbre), pas à son rap­port de stage d’IUT, par exemple.

    N’empêche que le mot “auteur ” fait référence à la pater­nité (ou mater­nité) d’une oeu­vre. Ni plus, ni moins. Une oeu­vre a un (ou plusieurs) auteur(s). Pauline Doudelet est l’auteur de cet arti­cle de blog que je com­mente. Je suis l’auteur de ce commentaire.

    Voilà pourquoi “auteur” (d’une oeu­vre, for­cé­ment) et “écrivain” ne sont pas synonymes.

    Ensuite, quant à savoir ce que l’on met dans le mot “écrivain”… Ca me sem­ble très français d’y met­tre (d’y chercher) une sig­ni­fi­ca­tion mys­tique. Pour ma part, je sim­pli­fie : un écrivain est une per­sonne qui écrit. Un écrivain de fic­tion est une per­sonne qui écrit de la fiction.

    On peut faire un dis­tin­guo entre écrivain ama­teur et pro­fes­sion­nel. Un écrivain pro­fes­sion­nel vit de sa plume. C’est par exem­ple le cas d’Ange (pseu­do­nyme de deux époux,en fait). Les écrivains ama­teurs, à qui l’écriture ne rap­porte pas assez pour qu’ils en vivent ou rien du tout, sont évidem­ment beau­coup plus nombreux.

    Ensuite, cer­tains écrivains cherchent à s’améliorer (pour passer pro peut-être ? Ou sim­ple­ment par amour de l’art ?) et d’autres ne s’en préoc­cu­pent pas. Cer­tains con­sid­èrent l’écriture comme un engage­ment, un sac­er­doce, une voca­tion, d’autres écrivent sans se poser autant de ques­tions. Mais je ne veux pas con­fis­quer le mot “écrivain” comme un titre de noblesse, qui récom­penserait une atti­tude ou un tal­ent (et qui, d’ailleurs, adou­berait cette aristocratie ?).

  27. LadyOwl dit :

    Bon­soir,

    Je n’ai pas lu tous les com­men­taires mais le sujet fait débat, et per­son­nelle­ment, je suis tombée sur ce blog alors que je cher­chais s’il y avait “réelle­ment” une fron­tière tranchée entre les deux ter­mes, ce qui n’est apparem­ment pas le cas ; aussi, il faut se faire son pro­pre avis sur la ques­tion. A la bonne heure !

    Per­son­nelle­ment, je suis plutôt de l’avis tout sim­ple qu’un écrivain est une per­sonne qui écrit, lue ou non, con­nue ou mécon­nue, chez elle ou devant un comité ou pour être pub­liée. Bref, c’est une per­sonne qui écrit. Mais ce terme ne s’adapterait pas for­cé­ment à tous types de per­sonne, qu’elle soit ama­teur ou non. Je dif­féren­cie l’écrivaillon (terme que j’excise d’une quel­conque valeur péjo­ra­tive ; c’est là que je plac­erais plutôt ta déf­i­ni­tion d’auteur linéaire qui décrit et énonce sim­ple­ment sans tra­vail de style et d’efforts sur la sin­gu­lar­ité de l’écrit) de l’écrivain “réfléchi”. En revanche, un auteur (que je ne prends pas dans le sens “l’auteur de cet arti­cle), est une per­sonne qui a été pub­liée et qui a un lectorat.

    La dif­férence, chez moi, se fait surtout au niveau de la pub­li­ca­tion, en fait. Ce n’est pas plus com­pliqué que cela et j’ai fait des tas de phrases, j’ai placé beau­coup de par­en­thèses pour au final résumer mes idées en une seule phrase :)

    Après, ce n’est que mon avis per­son­nel, comme le tien et cha­cun voit les choses à sa manière.