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Du côté du blog

Mardi 14 février 2012

Demi-teinte

(Finale­ment, j’ai trouvé un autre texte qui pou­vait coller à la thé­ma­tique… donc le voici en bonus — et qui est plutôt opti­miste celui-là :P — ce texte est extrait du recueil 4 his­toires de cou­ples presque heureux — à paraître — un jour bien­tôt, peut-être)

Puis-je encore dire « sur son sein blanc » sans encourir les foudres des poli­tique­ment cor­rects ? Si je décris la pâleur de sa peau, la douceur de son galbe, la douce res­pi­ra­tion de son être aban­donné à mon regard, ne me reprochera-t-on pas d’être machiste ? De mag­ni­fier un corps féminin pour mieux le ramener dans sa chair ? Pour lui ôter son esprit et sa substance ?

Et pour­tant, je ne fais que décrire ce que j’aime. Non pas un corps anonyme, non pas une beauté physique idéale et idéal­isée, non pas un type de femme qui primerait sur un autre. Je ne fais là que décrire le corps que je désire, d’une femme qui dans son être est désir­able. Cette femme dans son entier, je pour­rais la célébrer, mais c’est, à cet instant où elle repose, endormie sur ce lit, que j’ai envie de la fixer, de la pein­dre de mes mots. Parce qu’elle me laisse le temps de la con­tem­pler, de l’admirer. Cette femme que j’aime, que je désire.

Sur son sein blanc se repose le mou­ve­ment léger de son souf­fle. Elle dort, et j’observe la nuance de sa peau : d’une chair pâle, aux reflets changeant de vert, de brun ou de rose tout aussi pâles au point qu’ils se mêlent sans que je ne puisse délim­iter ni leurs nom­bres ni leur éten­dus. Mon amour fuit le soleil, mon amour préfère l’ombre. Les murs blancs, la blancheur des draps écla­tent d’une lumière dif­fuse, mais le soleil reste au dehors. Ce sein est doux, ni trop volu­mineux, ni absent. Il s’enfuit dans la courbe et se glisse sous un morceau de den­telle. Une fine den­telle fon­cée qui dépasse sous la robe. Elle n’est pas nue, elle s’est endormie ainsi, épuisée, dans la moi­teur de cette après-midi d’été. Ni trop chaud, ni trop frais. Un entre deux qui me plaît. Le ciel est pâle aussi, turquoise veiné de blanc. Et la lumière mod­ule sur sa peau la couleur infinie d’une chair qui n’est pas pas blanche.

La den­telle fon­cée souligne son sein, fait ressor­tir sa pâleur. C’est sans doute une ques­tion de con­traste, un trait som­bre sur une éten­due claire. J’imagine que si j’avais aimé une per­sonne à la peau som­bre, j’y aurai trouvé tout autant de nuances, de con­trastes et de mod­u­la­tion, les mots ne m’auraient pas man­qué, puisqu’ils ne man­quent pas à ceux qui obser­vent ce qu’ils aiment. Mon amour n’est pas blonde, n’a pas les yeux bleus. C’est une femme que beau­coup trou­verait ordi­naire. En demi-teinte. Mais c’est ainsi que je l’aime et désir­erais vous la faire aimer.

A quoi me servi­rait d’évoquer une blancheur qui n’est pas ? Sa peau n’est qu’une accu­mu­la­tion de nuances, ici ou là le rouge, le brun rehaussent l’ensemble. Une veine d’une teinte dégradant le vio­let, le vert et le bleu en souligne la beauté. Je pour­rais comme beau­coup de poète évo­quer la courbe par­faite de sa poitrine, le nacre bril­lant de ses dents der­rière des lèvres roses et douces. Mais elle n’as pas de lèvres roses, elles sont un mélange. Elles ne sont pas douces, ni vrai­ment lisses, mais elles accrochent mon regard comme les ombres qui s’y nichent, et j’imagine alors qu’il est doux de s’y attarder. Ses dents ne sont pas de petites per­les enfan­tines et rieuses. Je les vois rarement, mon amour n’a pas un sourire de mag­a­zine, elle n’a pas l’envie de mon­trer la dex­térité de son den­tiste au pre­mier venu. Mon amour sourit sou­vent, comme en ce moment, d’une sourire apaisé, léger qui exprime le bon­heur et non la joie exagéré. Je ne décris pas de beauté éter­nelle ni uni­verselle, j’essaye juste de con­server ses quelques min­utes volées au temps, volées au monde. D’en fixer à jamais l’image, pour que plus tard, me revi­en­nent les douces heures en demi-teinte qui bercent plus douce­ment la vie, que la plus grande des joies.

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Dans : Ecrire, Littérature, Mes travaux

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