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Du côté du blog

Jeudi 08 mars 2012

Réflexions sur l’auto-édition (2)

Je reviens sur l’auto-édition et sa professionnalisation.

Sou­vent, je croise des auteurs (sur des forums, twit­ter, des blogs… cherchez vous trou­verez facile­ment) qui voient dans l’auto-édition un moyen de vivre de leur plume.

Sou­vent ces mêmes gens imag­i­nent (et écrivent) que ce fut pour eux une révéla­tion de décou­vrir qu’on pou­vait pub­lier sans passer par un édi­teur, qu’ils allaient enfin pou­voir assou­vir leur rêve : devenir écrivain ! (ou auteur, ne chipo­tons pas sur les mots ici ;) )

Sou­vent, passé le moment d’euphorie de la pub­li­ca­tion et le nom­bre des ventes qui ne décol­lent pas vrai­ment, ces mêmes gens ont des réac­tions très diverses :  remise en ques­tion de leur texte (pas si rare que ça, mais plus rarement suivie d’effet), attente patiente de la gloire posthume (huhu ^.^), remise en ques­tion du sys­tème et des édi­teurs qui, décidé­ment, pol­lu­ent les librairies (réelles ou virtuelles) de leurs pub­li­ca­tions et empêchent le pub­lic d’accéder à leurs livres à eux (ne vous moquez pas, j’en ai vu plusieurs réa­gir comme ça…)

Rarement je vois ceux qui essayent de com­pren­dre le sys­tème en ques­tion de l’utiliser à leurs fins de manière adéquate. Je pré­cise de manière adéquate, car comme expliqué il y a quelques jours, gon­fler sa vis­i­bil­ité avec de faux com­men­taires n’est ni fair play (mais après tout, être fair play dans le com­merce, c’est rarement ce qui rap­porte), ni hon­nête vis-à-vis du lecteur-client (et là ça passe beau­coup moins, on peut élim­iner la con­cur­rence, si on prend le client pour un con, il n’aime pas ça et vous le fera payer)

Bref, j’ai par­fois l’impression quand je parle des auteurs auto-édités que je m’adresse à des ama­teurs et non des pro­fes­sion­nels. Même ceux qui por­tent l’étendard de l’auto-édition comme un moyen de mon­trer qu’ils sont pro­fes­sion­nels, ont des réac­tions à la lim­ite de la puéril­ité ou de l’inconscience : soit en util­isant des procédés préju­di­cia­bles (pour eux), soit en igno­rant com­plète­ment des grands pans du métier d’éditeur qu’ils acco­lent à leur qual­i­fi­catif d’auteur.

Je pense aux nom­bres de per­son­nes qui ne s’intéressent pas du tout à la lec­ture numérique mais pub­lient en numérique. Quid des for­mats ? Des prob­lèmes de com­pat­i­bil­ité de fichiers ? Com­bien d’entre eux ont déjà eux une liseuse entre leurs doigts ? Com­bien en pos­sède même une, juste pour voir que leur fichier est lisible ?

Com­bien sont égale­ment ces auteurs qui pensent que le pub­lic attend leur prose ? Je le dis et le répète: le pub­lic n’attend rien de vous ! Il est sub­mergé par les pub­li­ca­tions de toutes qual­ités, de toutes natures. Ce que vous écrivez, quelqu’un d’autre a déjà dû l’écrire, de cette manière-là, sur ce sujet-là, peut-être même avec plus de tal­ent que vous !
Votre roman n’est jamais attendu comme le messie ! Surtout si c’est votre pre­mier bouquin et que vous n’avez aucun public !

Vous bercer dans cette illu­sion, c’est rester au stade du rêve enfan­tin. Gran­dis­sez un peu : être auteur, ce n’est pas un métier de rêve ! Les métiers de rêve, ça n’existe pas.
Auteur a des côtés chi­ants, des moments de doute, de rage, de dés­espoir même ! Mais soit vous acceptez de faire le boulot et tout le côté “éditeur/publieur” que vous avez voulu vous collez sur le dos en choi­sis­sant le qual­i­fi­catif  d’auteurs-éditeurs (terme offi­ciel de l’auteur auto-édité), soit vous restez avec vos illu­sions déçues de ne pas être le nou­veau Vic­tor Hugo.

Vic­tor Hugo écrivait 200 vers tous les matins avant de se met­tre au tra­vail, il par­lait en alexan­drins rimés sans le moin­dre souci. Légende ou pas, peu importe. Soit vous con­sid­érez qu’il était un génie né et vous vous pâmez.
Soit, comme moi, vous con­sid­érez qu’il s’agissait là d’un entraîne­ment rigoureux et quo­ti­dien et vous le prenez en exem­ple (je vous demande pas de vous met­tre à l’alexandrin ;) je vous dis juste: ayez un investisse­ment plus adulte et pro­fes­sion­nel de votre métier !)

(je sais, j’ai util­isé beau­coup la forme “soit…, soit…” dans cet arti­cle, veuillez m’en excuser, je veillerai à ne plus en abuser à l’avenir ;) )

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Dans : Ecrire, Littérature

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3 Commentaires

  1. Auteur a des côtés chi­ants, des moments de doute, de rage, de dés­espoir même ! ” je reprends ta phrase en ajoutant que cette loi s’applique aussi aux auteurs de blog.
    Il est évi­dent qu’il faut accepter la face cachée de tous les métiers, mais un adulte reste tou­jours un éter­nel enfant et plus les généra­tions passent plus les gens croient que tout est acquis dans un claque­ment de doigt. Bien­v­enue dans la réalité.

  2. Jean-Philippe dit :

    Excel­lent, merci Pauline ! J’espère que cela remet­tra un peu les pen­d­ules à l’heure. ;)

  3. YesUcannes dit :

    Après un suc­cès en librairie, éditée chez Michel Lafon, j’ai volon­taire­ment choisi l’aventure expéri­men­tale de l’auto édi­tion en m’entourant de pro­fes­sion­nels de l’édition pour essayer de ten­ter de dévérouiller des portes et pour en témoigner.
    Pas facile, je vous l’accorde.
    Comme vous, je me suis ren­due compte que beau­coup d’auteurs n’étaient pas réal­istes et n’appréhendaient mal­heureuse­ment pas comme il le faudrait la chaîne du livre. Je ne pense pas que cela soit du à un manque de bonne volonté, de tal­ent ou de courage, pour moi, c’est une ques­tion d’ignorance.
    Cela ne leur vient pas à l’idée qu’ il n’y a pas que l’auteur, l’éditeur et le libraire qui se cachent der­rière un livre. Il y a aussi un maque­t­tiste, un cor­recteur, un imprimeur, un(e) attaché(e) de presse, un com­mu­nity man­ager, un com­mer­cial, un dif­fuseur, un représen­tant, un dis­trib­u­teur, un livreur/coursier et un acheteur!
    Com­ment un auteur pourrait-il le savoir si per­sonne ne le lui dit?
    C’est là qu’est le vrai prob­lème de l’auto-édition; l’auteur doit être poly­va­lent et assurer seul toutes ces tâches pour sor­tir son livre en ver­sion papier C’est à dire, un tra­vail colos­sal, sérieux et con­stant qui a un coût.
    Evidem­ment pour la ver­sion numérique, on se passera de l’imprimeur, dif­fuseur, dis­trib­u­teur et livreur/coursier ce qui allège grande­ment la tâche, en tra­vail et en coût financier, mais là, il faut priv­ilégier avec soin le con­fort de lec­ture et donc de la maque­tte, des cor­rec­tions et surtout des for­mats numériques, pour cela il faut se trans­former en infor­mati­cien.
    Beau­coup d’auteurs ne sont qu’auteurs, qui ont la tête dans les nuages et mal­heureuse­ment pas les pieds sur terre.….Dans ce cas, qu’ils restent “auteurs” et ne dés­espèrent pas de trou­ver un édi­teur.
    L’auto-édition n’est pas fait pour tout le monde!