Je reviens sur l’auto-édition et sa professionnalisation.

Sou­vent, je croise des auteurs (sur des forums, twit­ter, des blogs… cher­chez vous trou­ve­rez faci­le­ment) qui voient dans l’auto-édition un moyen de vivre de leur plume.

Sou­vent ces mêmes gens ima­ginent (et écrivent) que ce fut pour eux une révé­la­tion de décou­vrir qu’on pou­vait publier sans pas­ser par un édi­teur, qu’ils allaient enfin pou­voir assou­vir leur rêve : deve­nir écri­vain ! (ou auteur, ne chi­po­tons pas sur les mots ici ;) )

Sou­vent, passé le moment d’euphorie de la publi­ca­tion et le nombre des ventes qui ne décollent pas vrai­ment, ces mêmes gens ont des réac­tions très diverses :  remise en ques­tion de leur texte (pas si rare que ça, mais plus rare­ment sui­vie d’effet), attente patiente de la gloire post­hume (huhu ^.^), remise en ques­tion du sys­tème et des édi­teurs qui, déci­dé­ment, pol­luent les librai­ries (réelles ou vir­tuelles) de leurs publi­ca­tions et empêchent le public d’accéder à leurs livres à eux (ne vous moquez pas, j’en ai vu plu­sieurs réagir comme ça…)

Rare­ment je vois ceux qui essayent de com­prendre le sys­tème en ques­tion de l’utiliser à leurs fins de manière adé­quate. Je pré­cise de manière adé­quate, car comme expli­qué il y a quelques jours, gon­fler sa visi­bi­lité avec de faux com­men­taires n’est ni fair play (mais après tout, être fair play dans le com­merce, c’est rare­ment ce qui rap­porte), ni hon­nête vis-à-vis du lecteur-client (et là ça passe beau­coup moins, on peut éli­mi­ner la concur­rence, si on prend le client pour un con, il n’aime pas ça et vous le fera payer)

Bref, j’ai par­fois l’impression quand je parle des auteurs auto-édités que je m’adresse à des ama­teurs et non des pro­fes­sion­nels. Même ceux qui portent l’étendard de l’auto-édition comme un moyen de mon­trer qu’ils sont pro­fes­sion­nels, ont des réac­tions à la limite de la pué­ri­lité ou de l’inconscience : soit en uti­li­sant des pro­cé­dés pré­ju­di­ciables (pour eux), soit en igno­rant com­plè­te­ment des grands pans du métier d’éditeur qu’ils accolent à leur qua­li­fi­ca­tif d’auteur.

Je pense aux nombres de per­sonnes qui ne s’intéressent pas du tout à la lec­ture numé­rique mais publient en numé­rique. Quid des for­mats ? Des pro­blèmes de com­pa­ti­bi­lité de fichiers ? Com­bien d’entre eux ont déjà eux une liseuse entre leurs doigts ? Com­bien en pos­sède même une, juste pour voir que leur fichier est lisible ?

Com­bien sont éga­le­ment ces auteurs qui pensent que le public attend leur prose ? Je le dis et le répète: le public n’attend rien de vous ! Il est sub­mergé par les publi­ca­tions de toutes qua­li­tés, de toutes natures. Ce que vous écri­vez, quelqu’un d’autre a déjà dû l’écrire, de cette manière-là, sur ce sujet-là, peut-être même avec plus de talent que vous !
Votre roman n’est jamais attendu comme le mes­sie ! Sur­tout si c’est votre pre­mier bou­quin et que vous n’avez aucun public !

Vous ber­cer dans cette illu­sion, c’est res­ter au stade du rêve enfan­tin. Gran­dis­sez un peu : être auteur, ce n’est pas un métier de rêve ! Les métiers de rêve, ça n’existe pas.
Auteur a des côtés chiants, des moments de doute, de rage, de déses­poir même ! Mais soit vous accep­tez de faire le bou­lot et tout le côté “éditeur/publieur” que vous avez voulu vous col­lez sur le dos en choi­sis­sant le qua­li­fi­ca­tif  d’auteurs-éditeurs (terme offi­ciel de l’auteur auto-édité), soit vous res­tez avec vos illu­sions déçues de ne pas être le nou­veau Vic­tor Hugo.

Vic­tor Hugo écri­vait 200 vers tous les matins avant de se mettre au tra­vail, il par­lait en alexan­drins rimés sans le moindre souci. Légende ou pas, peu importe. Soit vous consi­dé­rez qu’il était un génie né et vous vous pâmez.
Soit, comme moi, vous consi­dé­rez qu’il s’agissait là d’un entraî­ne­ment rigou­reux et quo­ti­dien et vous le pre­nez en exemple (je vous demande pas de vous mettre à l’alexandrin ;) je vous dis juste: ayez un inves­tis­se­ment plus adulte et pro­fes­sion­nel de votre métier !)

(je sais, j’ai uti­lisé beau­coup la forme “soit…, soit…” dans cet article, veuillez m’en excu­ser, je veille­rai à ne plus en abu­ser à l’avenir ;) )

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3 avis sur “Réflexions sur l’auto-édition (2)

  • 8 mars 2012 à 8 h 27 min
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    Auteur a des côtés chiants, des moments de doute, de rage, de déses­poir même ! ” je reprends ta phrase en ajou­tant que cette loi s’applique aussi aux auteurs de blog.
    Il est évident qu’il faut accep­ter la face cachée de tous les métiers, mais un adulte reste tou­jours un éter­nel enfant et plus les géné­ra­tions passent plus les gens croient que tout est acquis dans un cla­que­ment de doigt. Bien­ve­nue dans la réalité.

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  • 8 mars 2012 à 9 h 52 min
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    Excellent, merci Pau­line ! J’espère que cela remet­tra un peu les pen­dules à l’heure. ;)

    Répondre
  • 8 mars 2012 à 14 h 04 min
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    Après un suc­cès en librai­rie, édi­tée chez Michel Lafon, j’ai volon­tai­re­ment choisi l’aventure expé­ri­men­tale de l’auto édi­tion en m’entourant de pro­fes­sion­nels de l’édition pour essayer de ten­ter de dévé­rouiller des portes et pour en témoi­gner.
    Pas facile, je vous l’accorde.
    Comme vous, je me suis ren­due compte que beau­coup d’auteurs n’étaient pas réa­listes et n’appréhendaient mal­heu­reu­se­ment pas comme il le fau­drait la chaîne du livre. Je ne pense pas que cela soit du à un manque de bonne volonté, de talent ou de cou­rage, pour moi, c’est une ques­tion d’ignorance.
    Cela ne leur vient pas à l’idée qu’ il n’y a pas que l’auteur, l’éditeur et le libraire qui se cachent der­rière un livre. Il y a aussi un maquet­tiste, un cor­rec­teur, un impri­meur, un(e) attaché(e) de presse, un com­mu­nity mana­ger, un com­mer­cial, un dif­fu­seur, un repré­sen­tant, un dis­tri­bu­teur, un livreur/coursier et un ache­teur!
    Com­ment un auteur pourrait-il le savoir si per­sonne ne le lui dit?
    C’est là qu’est le vrai pro­blème de l’auto-édition; l’auteur doit être poly­va­lent et assu­rer seul toutes ces tâches pour sor­tir son livre en ver­sion papier C’est à dire, un tra­vail colos­sal, sérieux et constant qui a un coût.
    Evi­dem­ment pour la ver­sion numé­rique, on se pas­sera de l’imprimeur, dif­fu­seur, dis­tri­bu­teur et livreur/coursier ce qui allège gran­de­ment la tâche, en tra­vail et en coût finan­cier, mais là, il faut pri­vi­lé­gier avec soin le confort de lec­ture et donc de la maquette, des cor­rec­tions et sur­tout des for­mats numé­riques, pour cela il faut se trans­for­mer en infor­ma­ti­cien.
    Beau­coup d’auteurs ne sont qu’auteurs, qui ont la tête dans les nuages et mal­heu­reu­se­ment pas les pieds sur terre.….Dans ce cas, qu’ils res­tent “auteurs” et ne déses­pèrent pas de trou­ver un édi­teur.
    L’auto-édition n’est pas fait pour tout le monde!

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