Flashback, chronologie et linéarité

Quelques per­sonnes ont repro­chés à Fugues un pro­blème de fla­sh­backs inopinés.

Kitty:
La construc­tion, non linéaire, main­tient un sus­pens bien conduit, avec des flash-backs, par­fois un peu désta­bi­li­sants car non annon­cés (il suf­fit de quelques lignes pour se reca­ler dans l’histoire) qui recons­ti­tuent peu à peu le dérou­le­ment des évé­ne­ments (avis com­plet à lire ici)

Pau­line Cras­sard :
Ce récit ne com­mence ni par le début, ni par la fin, mais plu­tôt pas le milieu ! Au lec­teur de remettre les faits dans l’ordre ! Je me suis d’ailleurs un peu emmêlé de temps en temps et des indi­ca­teurs de temps ne seraient peut-être pas une mau­vaise chose, sur­tout lors du pre­mier retour en arrière où l’on est un peu sur­pris ! (avis com­plet à lire ici)

Fnac­boo­keur :
En effet,ce roman est bien hale­tant mais je déplore aussi la confu­sion à cause du manque de mar­queurs tem­po­rels. (avis com­plet à lire dans les com­men­taires de chez Pau­line Cras­sard)

La ques­tion que je me suis d’abord posée était:

Dans un récit, un fla­sh­back n’est jamais pré­cédé d’une men­tion Atten­tion, on repart 6mois en arrière, donc com­ment peut-on repro­cher au livre un pro­blème de fla­sh­back inop­pi­nés ? Et d’un point de vue sty­lis­tique faire dire au nar­ra­teur C’était il y a six mois, je me rap­pelle… c’est d’une lour­deur sans nom, sur­tout quand le récit est com­posé pour un tiers au moins de flashbacks.”

Puis dans un second temps (j’ai écrit Fugues y’a un an et demi, l’ai publié y’a six mois, je me sou­viens pas de tout :P ), j’ai véri­fié que je n’avais fichu mes fla­sh­backs n’importe com­ment : non, ils sont déli­mi­tés par des cha­pitres et dans la seconde par­tie, où ils se pré­ci­pitent, ils sont très bien cou­pés du récit par des ***. Je n’ai pas fait l’erreur du débu­tant de tout mélanger.

Je me suis donc inté­res­sée à ce qui pour­rait pro­vo­quer ce malaise chez le lec­teur. Et là, je pense avoir trouvé un truc : mes fla­sh­backs ne sont pas linéaires. En gros, il y a une his­toire du “pré­sent” et une seconde his­toire qui se déroule dans le passé. Les flahs­backs ramènent l’histoire pas­sée mais dans le désordre. Pour­quoi ? Parce que si je le fais dans l’ordre, le sus­pense tombe rapi­de­ment d’abord (ben oui, parce que l’histoire c’est juste ça… donc si je le dis dès le départ, on sait et on ne lit plus de la même façon) et qu’ensuite, j’aime bien que le lec­teur soit un peu dérouté (ben oui, si vous vou­lez du bali­sage, lisez Petits Meurtres ou Pluie de Corps !)

Mais je me demande jus­te­ment si cette non-linéarité du fla­sh­back n’est pas un pro­blème pour le lec­teur : non pas qu’il ne sache pas lire l’histoire, mais qu’il n’ait pas l’habitude de devoir remettre les choses dans l’ordre. Il suf­fit sou­vent de voir les his­toires (écrite ou même les films de ciné !) qui uti­lisent très sou­vent le fla­sh­back le font de manière chro­no­lo­gique : 2 chro­no­lo­gies qui se déroulent en paral­lèle : une dans le pré­sent, une dans le passé, avec un bali­sage évident “Il y a dix ans” qui n’est pas sou­vent utile (vu que le héros se retrouve au lycée avec une tête d’ado alors qu’il est sur le point de se marier la scène juste avant) Or, le passé dont on se sou­vient ne revient jamais en mémoire dans un ordre chro­no­lo­gique avec un c’était il y a sept ans, trois mois et qua­torze jours (heu­reu­se­ment, ça serait d’un chiant ! Refaire toute sa vie pour se sou­ve­nir de ce qui c’est passé y’a deux ans ! Wow ! :rotfl: )

Amu­sant aussi car le récit décons­truit chro­no­lo­gi­que­ment, je l’ai poussé un peu plus loin avec La RATP (que je suis en train de réécrire) avec un côté pire puisque l’un des nar­ra­teurs se sou­vient du passé comme n’importe qui cher­che­rait à recons­truire des faits et donc rien de chro­no­lo­gique, rien de cer­tain et sur­tout qua­si­ment aucun mar­queurs tem­po­rels (et on passe dans la même phrase du pré­sent au passé au pré­sent :P ).  Dans la pre­mière ver­sion, il racon­tait bête­ment les faits au passé, autant dire que je cogite beau­coup sur la trans­crip­tion des sou­ve­nirs dans le récit et la manière de pro­vo­quer une réac­tion du lec­teur.
Autant dire que je vais encore entendre par­ler de pro­blèmes de fla­sh­backs (mais là, tota­le­ment assumé du coup puisque c’est ce que je vise !) qui pro­vo­que­ront des malaises chez cer­tains lec­teurs qui appré­cient les his­toires bali­sées. Pour Fugues, c’était moins voulu, mais pas com­plè­te­ment invo­lon­taire non plus (il y a aussi beau­coup de pif quand on écrit ;P )

Pour Fugues, j’aurais peut-être dû écrire l’histoire du pré­sent au pré­sent (j’ai du mal avec la conju­gai­son du pré­sent, je finis tou­jours par retour­ner au passé :/) et les fla­sh­backs au passé, mais cela n’aurait en aucun cas changé le désordre chro­no­lo­gique de l’histoire telle qu’elle est rendue…

Bon, et pour la fin, je pense que la plu­part des his­toires n’ont pas non plus à être des trucs extra­or­di­naires ! Les plus belles his­toires sont sou­vent les plus banales (et oui, il y a aussi un jeu pour l’auteur que je suis de lais­ser pen­ser à une autre his­toire… j’avoue que je jubile tou­jours quand on me dit que la fin a déçu car on s’attendait à autre chose. D’un cer­tain côté, ça veut dire que mon but de jouer sur votre ima­gi­naire a mar­ché, vous avez cru les appa­rences et les sug­ges­tions (mais est-il ques­tion d’autre chose  dans ce roman ?) mais oui, déso­lée, c’est la fin et elle est comme ça ! :P )

Si ça vous dit, le roman Fugues, c’est par ici -> Fugues dis­po­nible en epub-mobi-pdf et papier à par­tir de 2,99€

(bon et lu comme ça, ça fait genre c’est un texte super intello et je me prends pour un génie de la lit­té­ra­ture, mais non,  pas du tout ! Ce sont juste des ques­tions que je me pose au moment de l’écriture et sur l’interprétation des lec­teurs. C’est pas­sion­nant je trouve d’essayer de pro­vo­quer des réac­tions chez les lec­teurs et ten­ter de com­prendre pour­quoi ils aiment ou non un récit)

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3 avis sur “Flashback, chronologie et linéarité

  • 28 avril 2012 à 19 h 58 min
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    Plu­sieurs élé­ments entrent en ligne de compte, dans l’écriture. Pour cer­tains, écrire l’histoire qu’il auraient sim­ple­ment aimé lire suf­fit. Mais pour que les réper­cus­sions sur le lec­teur soient un suc­cès total, il faut déjà se parer d’un cer­tain talent, voire s’équiper d’un chouïa de génie. Il me semble que la seconde condi­tion est donc — en l’occurrence — de se glis­ser dans la peau du lec­teur lambda afin de mettre l’histoire à sa por­tée, tout en lui réser­vant les meilleures sur­prises pos­sibles. Gym­nas­tique éprou­vante et guère évi­dente s’il en est, mais Ô com­bien enri­chis­sante.
    Dans le cas de ‘Fugues’, la com­pa­rai­son avec le cinéma tombe à point, puisqu’en matière de scé­na­rio bâti sur le point de vue et le décou­page des infor­ma­tions, je n’ai pas res­senti ce “chaos” mis en avant par d’autres. Pour être exact, je l’ai perçu, mais il m’a sem­blé si bien tra­vaillé et tel­le­ment à pro­pos dans cet uni­vers tra­gique et mal­sain, qu’il contri­bue à la fois à la qua­lité du sus­pense et au rythme de l’histoire ; un rythme qui s’emballe, à la manière d’une spi­rale qui arri­ve­rait au bout de son propre tourbillonnement.

    Oui, j’ai aimé ‘Fugues’, au cas où vous ne l’auriez pas remar­qué. Bravo Pauline !

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  • 3 mai 2012 à 17 h 21 min
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    J’ai lu “Fugues” avec plai­sir — et je pense que le jeu de puzzle est un élé­ment inté­res­sant, même si j’ai par­fois été sur­pris. Mais cela n’empêche pas la bonne com­pré­hen­sion du récit.

    Il faut dire qu’en tant que gros lec­teur, j’ai un peu l’habitude… Je me sou­viens de la struc­ture encore plus écla­tée de “Vol au-dessus d’un lit de cocu” de San-Antonio, qui joue aussi avec la géo­gra­phie… et passe d’un per­son­nage à l’autre. C’est tou­jours bien déli­mité par cha­pitres, mais pas­ser d’une ambiance à l’autre (d’un bureau pari­sien à une syna­gogue en Israël ou à une mai­son d’édition miteuse, par exemple, si je me sou­viens bien) a tou­jours quelque chose de surprenant.

    Par ailleurs, le jeu passé/présent/futur est, si je me sou­viens bien aussi, le prin­ci­pal indi­ca­teur de tem­po­ra­lité de “La Modi­fi­ca­tion” de Michel Butor. Une balise qui fonctionne!

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  • 4 mai 2012 à 6 h 29 min
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    Je viens de ter­mi­ner “Fugues” et j’y ai pris énor­mé­ment de plai­sir. Les “retours en arrière” ne m’ont pas sur­pris et je les atten­dais même car dès le début on se demande bien qui est ce type, que vient-il faire dans cette galère ? Ces retours en arrière dis­til­lent petit à petit les infor­ma­tions néces­saires au récit, effec­ti­ve­ment comme un puzzle.
    Encore bravo, et conti­nue…
    NB : j’avais aussi aimé “petits meurtres…”

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